L'esclavage au pilori

La dénonciation des désastres à longue portée des siècles d'esclavage revient à l'ordre du jour. Africains et Afro-américains, ont, à des titres divers, raison de demander, non seulement justice historique, mais aussi réparation des torts subis dont les conséquences subsistent.
Mais, comme en toutes questions, la perversité idéologique de nos Puissances tend à arranger cela à sa sauce. Quant à demander pardon, ils ne sont pas chiens, surtout quand c'est sur le dos des autres. Car - et nos amis Africains et Afro-américains doivent y prendre garde - ce ne sont pas les peuples des pays colonisateurs qui sont responsables de l'esclavage, mais des régimes précis, des classes précises, des religions précises. C'est aux descendants de ceux-là qu'il faut demander comptes et dédommagements, pas aux Européens dont les ancêtres souffraient et travaillaient pour les mêmes maîtres (ou leurs frères et cousins), et dans des conditions, certes différentes, mais souvent non moins pénibles que celles des esclaves eux-mêmes (d'où nos révoltes et révolutions). Non seulement dans les Amériques, mais aussi en Europe, il y a des fortunes qui viennent en ligne directe de l'esclavage. Ne sont-ce pas des descendants d'esclavagistes qui possèdent encore l'essentiel de la terre dans les terres d'esclavage ?

Le cas de l'Afrique est un peu plus délicat, puisque la traite des esclaves a eu aussi ses esclavagistes africains. Et des dédommagements à l'Afrique qui, puisés sur les impôts des travailleurs européens, iraient, non pas aux peuples africains, mais à leurs dictateurs, plus ou moins créatures de nos Etats capitalistes et de nos multinationales toujours exploiteuses de l'Afrique, ce serait vraiment  une drôle de justice historique.

En fait, ce ne sera sûrement pas les régimes de la mondialisation capitaliste qui rendront cette justice à l'Afrique (pour commencer, en supprimant sa dette), et aux descendants d'esclaves américains (par exemple en expropriant toutes les terres coloniales appartenant encore à des descendants d'Européens) !

Retour sur  le terrorisme d'Etat

 Merci à qui me rappelle à l'ordre !

Si je n'ai pas nommé Cuba parmi les pays sur lesquels les USA exercent leur terrorisme d'Etat, cela n'avait pas une raison politique cachée, mais parce que je n'avais pris que quelques exemples. J'ai eu tort, pourtant, de ne pas choisir Cuba, parce que, là, le terrorisme étatsunien s'accompagne d'une particulière tartufferie. En effet, acculer ce pays à la misère, et dénoncer en même temps la dérive dictatoriale du castrisme, qui s'explique, dans une grande mesure, par la blocus créant cette misère, et empêchant du même coup toute opposition qui ne serait pas de droite et, de gré ou de force, au service des dits US, c'est une variante du terrorisme d'Etat qui mérite la mise en vedette.

Vrai aussi que le terrorisme US n'est pas seulement celui des armes, mais qu'il est aussi « économique ». Là, la nature de l'Etat étasunien, pur ensemble d'organes de police et d'administration au service docile du capitalisme yankee, s'affirme avec férocité. Les exemples sont trop connus pour qu'il soit nécessaire de les énumérer, des produits Monsanto qui vise à la ruine de l'agriculture, en particulier de l'Afrique, aux remèdes du sida que des monopoles (d'ailleurs accapareurs d'inventions de sources universelles) privent les pays pauvres (et là aussi encore l'Afrique d'abord), en passant par les dettes des Etats du Tiers Monde, pourtant résultat de la division du travail et du commerce inégals, également imposés par la violence coloniale et semi-coloniale, c'est là une violence universelle que l'on peut dire « terroriste ». Si je ne l'ai pas évoquée, c'est que mon premier article de ce journal tendait à renverser l'emploi du mot contre les malheureux  enragés par la misère et l'humiliation et qui y réagissent aveuglément, et ont de ce fait des circonstances atténuantes que n'ont pas les « maîtres de la mine et du rail » et du reste.

Paris le 3 juin 2001