1er avril 2005

Poisson d'Avril !
55 % pour le
NON !
Les OUIs-TITIS menteurs font la grimasse,
gueulent et s'engueulent entre eux.

      Que vont-ils faire, les pauvres, avec le million et demi d'euros que, démocratiquement, la Commission de Bruxelles leur accordent pour convaincre ces veaux de Français de voter "oui", en renfort des 65% de temps de paroles qu'ils s'accordent démocratiquement dans la campagne, contre 35 % pour le NON, dont, astucieusement, les deux tiers pour la droite souverainistes (dont Pasqua !), et un tiers pour le PCF, en tant que seul parti du Non représenté au Parlement ?
      Peu leur importe que 79,9 des ouvriers s'apprêtent à voter Non, 73,5 % des employés, et 80% des syndiqués ; plus, dès maintenant, 55% des écologistes et 54% des socialistes, soit 60% de la gauche ! Toute la gauche qui n'est plus représentée par ses "représentants" !
       Encore un effort, suscité par l'indignation de la crapulerie des Ouis-titis, et le Non doit encore monter !
      Et c'est possible, car même avec leurs atouts susdits, ils paniquent les Ouis-titis. C'est que ce n'est pas facile, quand les principaux ténors du "Oui" leur font perdre des suffrages à chaque fois qu'ils ouvrent la bouche.
       Ainsi n'arrivent-ils pas à faire taire leur champion de premier ministre, Raffarin ! "Votez oui, et toutes mes contre-réformes seront encore améliorées, et à l'échelle de toute l'Europe !" C'est drôle, ça ne convainc pas les retraités de demain, ni les collégiens et étudiants de la loi Fillon, ni les agriculteurs qui doivent être payés en dessous de leurs prix de revient, ni tous les autres ! Pourtant, il en avait trouvé un bon truc le Raffarin pour se gagner les électeurs : 1% d'augmentation pour les fonctionnaires ! "Petits ! Petits ! Venez picorer ce grain : IO E pour 1000, un petit, tout petit remboursement de ce qu'on vous prend en plus pour la retraite ! (et après le vote, bien sûr!). Si vous n'êtes pas heureux avec ça ! Et pour le privé, l'intéressement aux bénéfices." Une vraie "tirelire", titre Le Monde (toujours plus à droite pour sa campagne du Oui). "Devenez actionnaire. Tous ! Bien sûr vous n'aurez pas droit au contrôle des comptes. Et si on vous annonce que la boîte perd de l'argent, vous perdrez en même temps votre "intéressement" et votre boulot ! Mais votre patron se retirera avec des millions d'indemnités et la boîte sera délocalisée en Roumanie ou en Corée du Sud. C'est une satisfaction, ça!" Comme c'est convaincant !
      Et le franchement drôle, c'est quand c'est Sarkozy qui veut l'empêcher de parler, le Raffarin, en se figurant que, d'ici le 29 mai, personne ne se sera aperçu de ses promesses faites au Médef, lors de son discours à la "Convention sociale [sic] de l'UMP", au fond des sous-sols de l'Assemblée nationale, pour l'après vote de Convention : "Les 35 heures à la poubelle, 65 h en perspective, suppression des contrats à durée indéterminée, l'ANPE transformée en agences d'intérim privées, et fin du code du travail remplacé par les accords d'entreprises !." Superbe programme, non ? Votez Oui, et vous jouirez de toutes ces réformes. C'est tout à fait ce que se propose la Convention.
      Le comble, c'est quand le Barroso d'extrême droite catholique (auquel les plus malins de la droite ont eu du mal à faire renoncer à son Commissaire européen de la Justice qui considérait la contraception et l'homosexualité comme des crimes), l'homme qui soutient dur comme fer la Directive Bolkestein, veut lui aussi venir nous convaincre. Panique des Ouis-titis ! Comment le convaincre lui-même, ce gros imbécile, que tous les Français commencent à comprendre que l'œuvre d'art du Bolkestein, c'est le résumé de la Constitution, et que si on l'entend sur nos lucarnes, tout est foutu pour eux.
      Il faut dire qu'ils étaient si pressés, tous nos ultra-libéraux, qu'au lieu d'attendre la Constitution pour nous étrangler, ils ont commencé à l'appliquer et que, dans leur mépris du peuple, ils ont cru que ça passerait, ni vu ni connu, et même comme "progrès", comme une lettre à la poste. Sur ce plan, comment ne pas nous sentir tout petits devant l'énorme génie Bolkestein, ce savant toutes catégories : il sait le grec, les mathématiques, la philosophie, l'économie, le droit — et même la science des passe-droits — et est président de l'Internationale libérale (voir Le Monde, du 24 mars), il fallait un tel géant pour nous faire avaler, éblouis, sa contraction en un seul document (mais tout de même en 47 articles dans 87 pages), ce que la Constitution distille dans les 68 répétitions sur la "concurrence libre et non faussée".
Qu'est-ce donc que c'est que cette "concurrence", essence de la Constitution ? C'est le droit des géants de l'économie à écraser les petits (sans que ceux-ci conservent quelque défense que ce soit), y compris en pratiquant contre eux le dumping, les prix cassés (au début) et les ententes (impossibles à empêcher à leur niveau), jusqu'à devenir des monopoles qui pourront alors imposer leurs prix du même nom. Une des mesures de cette liberté, organisée par la Constitution, c'est de réduire les services publics à leur plus simple expression, remplacés par les Services d'intérêts généraux privés, qui, comme le dit à sa page 23 le Livre Blanc de la Commission européenne à leur propos : "ne doivent pas être confondus avec l'expression 'service public'."
      Bien entendu, une telle belle liberté sera sans frontière dans l'Europe libérale, tandis qu'à l'inverse tous les avantages sociaux, entre autres salaires conventionnels, fiscalité et droits, ne doivent pas être harmonisés à l'échelle de l'Europe, et surtout pas par le haut, mais sont prévus pour rester enfermés dans les vieilles frontières. Avec le temps, la "concurrence libre et non faussée" tendra ainsi à une saine "harmonisation"... par le bas. Certes (ne soyons pas pessimistes) ce ne sera pas le minimum mensuel lettonien de 121 €, à la place de nos 1154,13 €, mais, par exemple, une moyenne ; environ les 610 € de Chypre. Et pas nominale ! Cela serait trop brutal. Seulement en pouvoir d'achat. Et petit à petit, le blocage des salaires et l'inflation aidant.
      Que reste-t-il comme arguments à nos Ouis-titis pour nous faire avaler ça ?
1 - La France sera affaiblie ? Celle du Médef et des libéraux, à coup sûr, c'est pour ça qu'on vote Non. Mais la France du peuple français est déjà applaudie par les travailleurs de Belgique, d'Allemagne, d'Angleterre... les autres suivront..
2 - Le chaos européen ? De toute cette fripouillerie de technocrates et de politiciens ? On l'espère bien, c'est notre but !
3 - Et puis quoi ? Rien !
      Si ! "Il n'y pas d'alternative !" Faux ! La Fondation Copernic montre dans quelle voie il faut s'engager.
      Leur démoralisation leur fait accumuler les fautes : Chirac, en ballade au Japon, explique l'importance de voter la Constitution parce qu'elle est... faite pour des décennies ! Bonne raison en effet de la rejeter à la seule occasion qui nous est donnée. Quant à Hollande, on apprend que c'est de sa propre volonté qu'il s'est fait photographier en duo avec Sarkozy ! La logique de cette belle unité de classe a été tirée par le Comité Attac du Non de Gardanne, et déjà repris par d'autres, tel celui du XVIIIe arrondissement de Paris, par une affiche avec grande reproduction des duétistes, sur-titrée : "Ça va, j'ai compris, et sous-titrée "Pour une Europe démocratique et sociale : je vote NON !"
      A leur secours, ils en ont tous appelés à l'autorité des "grands" intellectuels. Mais… c'est qu'il n'y en a plus. Chacun sait que les BHL et les Gluksmann, ces "nouveaux philosophes" dépourvus de philosophie, sont depuis longtemps passés à droite. Ils ont trouvé Semprun ! Qui connaît Semprun ? Mais oui, vous savez, c'est le mec qui, par transposition romanesque, a réussi à faire un héros de Mercader, l'assassin de Trotsky et, grâce à Resnais et Montand, a également réussi dans la Guerre est finie, à faire croire à la jeune génération que c'était les staliniens qui avaient été les grands ennemis de Franco. Normal qu'un tel vieux stalinien ait viré à droite comme ses copains Furet et Courtois. Un seul égaré nous fait peine, le médiéviste Jacques Le Goff, jadis historien de gauche, mais qui semble s'être perdu dans son Moyen Age jusqu'à projeter ses visions de Chrétienté sur l'Europe désirée des cathos polonais antisémites, et de leur feu pape Jean Paul 2x3=six-da.
      Et dans quelle compagnie le voilà : avec le Conseil d'Églises chrétiennes de France (CECEF) qui réunit catholiques, protestants et orthodoxes", lequel précise son Oui en disant : "Nous nous félicitons de la reconnaissance par le traité de l'identité particulière des Églises et de leur contribution spécifique au débat public". Ajoutons : qui permettra de faire condamner le blasphème, comme en Espagne, en Pologne et autres pays sans laïcité. Tous ceux qui sont pour que la laïcité soit dans une vraie Constitution, ces soutiens du Oui sont une raison de plus de voter NON à celle-ci.
      Comme ce sont toujours les bouffons qui sont pires que les bourreaux, il a fallu que ce soit un ex-anar de Charlie-hebdo, le dénommé Tignous, qui, dans la foulée de son directeur Val, nous régale d'un dessin sur "le Non est nettement en tête", où les pancartes opposent : un "OUI j'ai lu la Constitution européenne" aux "Non, je n'ai pas lu la Constitution européenne". Il fallait le faire, alors que les Ouis-titis sont incapables de justifier leur position en citant un seul article de ladite Constitution, et que le Non progresse par les tracts et les articles qui l'analysent, et la citent, ainsi que les "papillons" que nous avons publié dans notre avant dernier numéro.
      En dernière heure, voici le "grand" ministre Michel Barnier qui nous foudroie dans Le Monde : "Les contre-vérités du non", ça s'appelle ! Bigre ! Voyons ça ! Au vrai, il n'en a trouvé que trois. Voyons-les dans le désordre : 2- Il veulent voter non pour empêcher l'entrée de la Turquie dans l'Europe ! Mais ça, c'est un argument du Non de droite, de l'opposition UMP à l'extrême droite. A gauche personne n'en parle ! Les avis sont partagés. Et d'ailleurs, pour ceux qui sont pour comme pour ceux qui sont contre, les conditions d'une telle entrée seraient bien différentes avec ou sans la Constitution libérale sous OTAN. Les deux autres points sont pleins de menaces: 1- Voter non, c'est mélanger Constitution et directive Bolkestein de "libéralisation des services". Nous avons vu plus haut que M. Barnier ment, et que la "libéralisation des services est bien aussi dans la Constitution. Mais il ajoute une menace au mensonge : si la Constitution n'est pas votée, rien n'empêchera les autorités européennes d'adopter la directive Borkenstein. Voilà bien une raison de plus de voter Non, ce qui nous donnera la force de nous opposer de plein droit à cette directive de mort ! Enfin, on a, en 3 - prétendre aimer (sic) l'Europe en voulant en faire une autre, c'est du chauvinisme français (sic) et vouloir l'équivalent d'une "bonne guerre" (resic) et une tâche impossible puisqu'il ne peut y avoir d'accord entre Arlette Laguillier et Le Pen. M. Barnier s'y connaît en "bonnes guerres", lui qu'on voit réconcilier la France avec Bush, et serrer les mains de Sharon et de Poutine. Mais quant à nous, la guerre que nous voulons en effet mener, c'est la guerre de classe contre le Capital et ses domestiques. Et quand M. Barnier nous menace en nous disant que même si notre Non l'emporte, ils continueront comme devant, nous lui répondons "C'est ce qu'on verra !"
      Les Ouis-titis du PS sont aussi menteurs que les autres, et hurlent les mêmes mensonges : que cette Constitution est un progrès sur les traités… qu'ils ont voté, tel celui de Nice en particulier, dans la boue duquel il ne faudrait pas retomber. Mais qui vous parle d'y retomber ? le Non tend à tout remettre en cause de ces traités modifiables alors que le Constitution ne le serait pas (voir son article III-443). A noter que, du côté des Verts, un Lipietz profère le même mensonge ( voir son débat avec Mélenchon, dans Politis du 24 au 30 mars). Strauss-Kahn, lui nous traite par le mépris, y ajoute lui aussi la Turquie, et toujours la confusion entre rejet de la politique chiraco-raffarrine et celle de la Constitution, comme si, en effet, celle-là n'était pas la pratique de celle-ci !
      Leur vraie peur, c'est celle de leur propre défaite. En fait, de leur propre clan social-libéral, car la plupart de leurs adversaires internes les ménagent, ayant peur de la scission qui est, il est vrai, dans la logique d'une coupure aussi décisive que celle des implications de ce référendum. Fabius ne s'exprime pas publiquement, mais rassemble sa tendance. Comme un maître chat, il attend que les marrons du Non soient cuits et tirés du feu pour en faire son profit. Dans le débat cité ci-dessus, Mélenchon a traité du référendum comme si c'était une affaire qui, sitôt réglée, tout rentrerait dans l'ordre. Là est l'aile faible du camp du Non !
      Heureusement, d'autres voient plus juste et plus loin. Et nous nous faisons un plaisir de citer ci-dessous ce qu'écrit Gérard Filoche dans son journal internet Démocratie socialiste du 25 mars :

      "L‘unité demain sera plus facile à gauche autour du “non” et ça garantira un “projet pour 2005, 2006 ou 2007” qui soit vraiment gauche et pas obligé de passer sous les arcanes de la constitution libérale ! Il y a une majorité d’au moins 80 % de syndiqués pour le Non et même une majorité d’au moins 60 % dans la gauche, parmi l’électorat vert, il y a un bond de 24 % pour le “non” qui passe à 55 %. Il reste à 54 % dans l’électorat du PS. Donc on peut si le “non” gagne rénover la gauche, l’unifier sur une vraie plate-forme de combat, de transformation sociale.
[…]
      Ce sera une immense fierté pour la France et les Français d’avoir sauvé l’Europe de cette constitution libérale Giscard, nous ne serons pas isolés, mais courtisés, nous ne perdrons pas du crédit international, nous en gagnerons, il y aura des cris de joie dans les syndicats qui n’ont pas été consultés, parmi les salariés qui n’ont pas pu s’exprimer dans la plupart des pays, mais qui savent que “la concurrence libre et non faussée” c’est la guerre, c’est l’harmonisation par le bas !

L'accord avec une telle perspective, laisse cependant tous les problèmes de rassemblement de cette vraie gauche, dessinée par le Non, en suspens. Nous y reviendrons.