18 avril 2005

NON !
Le « oui » à l’Europe-carcan du
libéralisme ne passera pas !

      Le 14 avril a donné lieu à deux manifestations pleines d’enseignement et d’espoir. D’un côté le grand spectacle de TF 1 organisé pour et par Chirac, champion du « ouisme » toutes catégories ; de l’autre le meeting unitaire de la gauche au Zénith. D’un côté le lamentable monologue répétitif de Super Menteur, étayé par trois speakers cireurs de pompes, devant 83 jeunes gens des deux sexes, soigneusement sélectionnés, avec des questions préparées à l’avance et vérifiées par les censeurs. De l’autre des leaders de toute la gauche véritable devant 6 000 personnes pour un espoir enthousiaste d’une autre Europe, sociale et démocratique, gagnée par la lutte unitaire de tout le monde du travail.
      Malgré les précautions pour le choix du « panel » de jeunes « ouistes », ceux-ci étaient plutôt tristes, et pas rassurés du tout quant à l’Europe qu’on leur mijote. Leurs pâles questions embarrassées ne manifestaient aucune connaissance du contenu de la Constitution, mais à la fois l’aveu qu’ils n’y comprenaient rien, à ce pavé, l’attente qu’on leur explique, et qu’on leur donne l’assurance que ça n’avait rien à voir avec la politique de Raffarin, donc de Chirac lui-même, ni avec la directive Bolkestein, ni avec le chômage, les délocalisations, etc., bref de tout ce qui découle de la Constitution, en est l’essence et la garantie. Pour leur répondre, le Chirac commença fort : Hier, le libéralisme, demain l’humanisme de la Constitution ! Rien de moins. Démonstration  : zéro. Indigné qu’une jeunesse (celle-là) ne brûle pas d’enthousiasme, il lui expliqua que tout ce qu’ils voyaient qui allait mal n’était qu’illusion, alors qu’avec l’Europe déjà tout allait mieux, que les entreprises embauchaient et qu’on était la première puissance économique du monde, qu’il fallait que nous soyons aussi une puissance militaire (sans que la mise sous tutelle de l’OTAN soit même effleuré !), et que tout irait encore mieux en votant la Constitution. Naturellement, il fit le coup d’assurer que les « services d’intérêts généraux » étaient la même chose que les services publics. Malgré cela, les visages s’allongeaient, et il fallut au Grand OuisTiti ne pas entendre, voire faire taire, des propos qui sortaient par accident imprévu du cadre permis. Même PPDA se vit couper la parole au moment où il osait parler des Français qui avaient contresigné la directive Bolkestein. Le coup de poignard de Brutus ? Non, simple maladresse. Mais le Président en blêmit. Il en fut obligé de répéter sa conjuration de n’avoir pas peur, alors que ses menaces et ses prévisions apocalyptiques pour la France manifestaient et tendaient à imposer sa propre terreur.
      Le camp des Ouistitis en a été catastrophé. Et cela les rend méchant. Dans Le Monde, le scribouillard Patrick Jarreau ose assimiler le Non de gauche à la politique stalinienne anti-social-démocrate des années 30 en Allemagne qui contribua à amener Hitler au pouvoir. Il fallait un petit renégat de la gauche pour atteindre ce degré d’ignominie. Bien entendu, pas un reportage du meeting du Zénith sur les chaînes de télévision. En revanche, De Villiers et Pasqua n’étaient pas de trop, sur Arte, pour donner l’avis du » Non » quant à la performance de Chirac.
      Plus d’espoir de convaincre de voter « oui » avec des gens de droite (surtout, bien cacher les Barroso et les Berlusconi). Les Ouistitis en appellent donc maintenant à tous les sociaux-libéraux d’Europe pour nous expliquer qu’il ne faut pas voter par mauvaise humeur pour la politique intérieure française. Mais Chirac avait déjà joué cet air-là, sans nous dire pourquoi, appelant à voter pour une Europe humaniste et non libérale (sic), il ne changeait pas immédiatement de politique, ne chassait paa Raffarin, ne bottait pas le cul à Sarkozy, ne retirait pas immédiatement sa loi Fillon et n’appelait pas son Parlement, pourtant à sa botte, à annuler ses trois ans de contre-réformes ?
      Ces gens-là n’arrivent pas à comprendre qu’ils ont tort de nous prendre pour des idiots, des demeurés à qui il faut de la « pédagogie » pour qu’on les suive, « eux qui savent ». Ils ne comprennent pas que plus ils manifestent leur incapacité à répondre à nos véritables arguments, plus le camp du Non s’élargit. Mais il est vrai qu’ils ne peuvent en dire la vérité de cette Constitution, puisqu’il s’agit du condensé de la politique et de l’économie dont nous avons fait l’expérience toutes ces dernières années, et que nous rejetons en toute conscience.
      Ils vont donc, d’une part, continuer à nous seriner que nous ne sommes pas Européens, mais des « Eurosceptiques », que nous sommes le seul peuple d’Europe qui refuse le libéralisme, alors qu’ils n’osent pas soumettre leur Constitution au vote de la grande majorité des autres peuples. D’autre part, tenter de nous terroriser en clamant qu’il n’y aura pas de renégociation possible de la Constitution et que la France sera mise au ban de l’Europe.
      Pauvres gens qui sont incapables de comprendre ce qui est en train de se passer, et que le meeting du Zénith devrait pourtant amener à réfléchir. Car c’est là que s’est dessinée la semaine dernière, au-delà du coup d’arrêt du Non, premier « Halte au libéralisme », la voie du redressement politique et social.
      Voie qui n’est pas « voie royale ». Et même semée des embûches des intérêts mesquins, des crispations sectaires, des timidités et reculs, mais qui est tracée par une volonté de masse, laquelle tendra de plus en plus à pousser en avant.

Une dernière nouvelle éclairante
      En ce jour du 14 avril, vraiment riche en événements significatifs, notre Europe « constitutionnelle », dans un vote à la Commission des droits de l’homme des Nations unies, s’est docilement pliée à une résolution américaine contre Cuba, et contre divers pays violant les droits de l’homme, mais ne mentionnant ni la Chine, ni la Russie, ni, bien entendu, les Etats-Unis d’Amérique qui les respectent si bien de Guantanamo à l’Iraq et l’Afghanistan, sans oublier son propre sol où, rappelons-le, Mumia Abou Jamal (entre autres) est toujours en prison, et oubliant même le Soudan qui continue tranquillement son génocide du Darfour. C’est grâce aux voix européennes que ladite résolution sélective a été votée. Une raison de plus de voter Non, à cette Europe-là !