26 avril 2005

Tiens bon le
NON !

          Car quelle belle unanimité du « oui » dans et sur tous les médias, plus merdias que jamais. Jamais on n’avait vu une si belle démocratie, réduite à sa plus simple expression. Si le Non n’a pas la parole, on en parle en langage « ouiste » : on le déplore, on le ridiculise, on cherche à le comprendre dans notre psychologie vicieuse historiquement bien connue, dans notre ignorance crasse du (double) langage des 448 articles (+ les annexes et le Livre Blanc qui les explicite) d’un traité qui n’est pas une constitution tout en en étant une, dans notre myopie franco-française et la mauvaise humeur d’Astérix qui va avec contre les excellentes (contre) réformes de MM Chirac-Raffarin. J’en passe et des meilleurs.. Ayant atterré, ni plus ni moins, dans Le Monde, du 22 avril, M.Bino Olivi, qui fut porte-parole de la Commission européenne de 1961 à 1978 et qui enseigne l’histoire de la construction européenne aux universités de Padoue et de Rome III (hein ! ça vous en bouche un coin !), nous avons, le jour suivant, dans le même journal, franchement mérité le mépris hénaurme d’une Raphaëlle Bacqué qui nous psychanalyse et fait sur nous des découvertes prodigieuses : notre haine de médiocres pour les « élites » (car c’est le titre que s’accordent tous les puissants du fric et du pouvoir qui va avec). Elle a bien vu, cette finaude, que nous nous en prenions au système. Et elle a découvert cette chose extraordinaire : les tenants de gauche et de droite à ladite Constitution ont des raisons diamétralement opposées de s’y opposer. Sa science ne va pas jusqu’à savoir qu’il en va ainsi à chaque fois que l’on demande de répondre par un oui ou par un non à une question vicieuse, et que c’est en cela que les référendums sont une pratique contraire de la démocratie, de même que, par exemple, le type d’élection à la présidence de la République qui a permis à un Chirac à 19% d’être élu avec 82% des voix. La Constitution de la Ve République fut le résultat d’un coup de force, Votre Constitution, Mme Bacqué, est plutôt du genre rusé : un salmigondis ultra-libéral, où il est vrai que les travailleurs, qui sont de gauche, se voient aussi menacés que les petits commerçants, artisans et autres petits-bourgeois qui votent traditionnellement à droite, voire à l’extrême droite. Quant à l’Eglise catholique, à l’offensive, s’il est vrai qu’elle aurait voulu que l’Europe soit baptisée Chrétienté, il n’en reste pas moins qu’elle est pour l’instant parfaitement « ouiste ». Non, Mme Bacqué, notre vote n’est pas d’agacement, contre « les interdits sur le tabac, l’alcool et la vitesse (sic ! elle a dit ça !), mais bien contre votre « domination » du Capital le plus cynique et de ses serviteurs dans votre genre. Oui, nos votes pour le PS n’ont été que des votes de moindre mal, le plus souvent à contrecœur, pour des représentants qui ne nous représentaient plus, mais que des systèmes électoraux anti-démocratiques ne permettaient pas de chasser. Tandis que ce référendum nous permet, non de donner un « coup de balai » (hélas ! cela n’ira pas jusque là ), mais, en revanche, un coup d’arrêt, non seulement, ici, à la politique de droite qui, effectivement n’a tenu « aucun compte » des manifestations et des consultations électorales, mais de la nouvelle Sainte Alliance européenne, à laquelle nous opposerons ici,d‘abord, mais demain dans toute l’Europe, une vraie gauche enfin recomposée.
          Comme, à l’inverse des médias, nous sommes vraiment démocrates, notre tribune du NON, va donner ci-dessous toutes les raisons de voter oui :


  • - Il faut voter « Oui » parce que la Constitution proclame le « droit de travailler » (parce que jusqu’ici tout le monde n’en avait pas le droit !) et même de travailler 48 heures par semaine, voire plus si votre patron vous le propose gentiment en vous expliquant que, si vous n’acceptez pas, il se verra dans la pénible obligation de délocaliser chez les plombiers polonais que l’on paie deux à trois fois moins cher, selon le cœur de M. Bolkestein.
    - Il faut voter « Oui » parce que la Constitution garantit à « la personne, le droit à la vie » (parce que jusqu’ici vous n’aviez pas ce droit). Et n’ayez pas la mauvaise idée de vous dire que c’est là la formule des commandos anti-IVG et de feu notre saint Père le pape Jean-Paul 6da en son Mein Kampf. Non, non, cela veut dire simplement qu’on n’a pas le droit de vous tuer –sauf accident – lors d’une bavure.
    - Il faut voter « Oui » pour avoir des Services d’intérêts généraux, qui rapportent à leurs actionnaires, au lieu de ces Services publics qui peuvent coûter plus qu’ils ne rapportent, pour peu qu’on les accorde à toutes sortes de miteux qui ne peuvent pas payer, tels ces « sans papiers » de l’hôtel Paris-Opéra, dont on ne sait même pas s’ils payaient leur nuit à raison de la somme minime de 15 à 20 euros, électricité non-comprise, et qu’on avait donc bien raison de laisser s’éclairer à la bougie. (Et qu’on ne nous dise pas que c’est pour cela qu’il y eut cet incendie et cette vingtaine de morts. Cela, c’est l’accident, et nous tenons déjà une coupable qui n’échappera pas à la justice. Non ! Non ! je ne parle d’EDF, voyons !).
    - Il faut voter « Oui » pour avoir une vraie Défense européenne. Autonome, oui. Mais aussi intégrée à l’OTAN. Et il y aura un ministre des Affaires étrangères. Ce qui évitera les « couac », tels ceux du déclenchement de la guerre d’Irak. Plus de divisions. Ce qui nous promet d’être sans disparité demain dans le camp du Bien, et d’avoir le bonheur et l’honneur de participer aux guerres pour la démocratie de notre grand Allié.

Si j’en ai oublié, j’y reviendrai. Il ne faut reculer devant aucune des bonnes raisons de voter « Oui » !

  • - Oui, avec M. le baron Sellière, de son Chérèque et de ses Sarkozy !
    - Oui, avec MM. Chirac, Raffarin, Barroso, Bolkestein, Berlusconi, Blair…
    - Et Oui avec M.Hollande ! (Qui c’est celui-là. Attendez que je prenne ma loupe). Ah ! oui : le brillant et digne successeur de M.Jospin qui mena son parti à la déroute du 21 avril, celui qui avait discuté en tête-à-tête avec le baron de la manière d’arranger les trente-cinq heures à la sauce Médef, et qui n’hésite pas à revenir sur l’estrade pour donner des leçons à ceux qui, eux, ont tiré des leçons de ce 21 avril, celui qui n’hésite pas à leur dire, comme le faisaient naguère MM Staline, Thorez et C° à leurs propres opposants, que l’on ne saurait avoir raison contre son parti !

Si toutes ces bonnes raisons de voter « Oui » avec ces « Elites » ne vous ont pas convaincu, je me demande ce qu’ils vous faut.
          Ah ! si, j’allais oublier : Il n’y a pas de projet alternatif ! On est menacé de tomber dans le vide, comme ces marins du Moyen Age qui n’osaient pas naviguer sur la Terre plate jusqu’au bout de l’Océan.
          Mais voilà que le front du NON, en jette les bases, d’une alternative. Du moins d’un point de re-départ dans la bonne direction, vers une Europe digne de ce nom, sociale et démocratique.
          La grande probabilité de la victoire du « Non » place tout l’éventail de la gauche devant une responsabilité cruciale : celle de maintenir son unité. La gauche du PS doit comprendre que ce parti ne peut plus être l’axe de la gauche. Déjà, dans sa droite, on pèse les risques de la victoire du Non et certains avancent déjà un « Réconcilions-nous Folleville ». Y céder mettrait en péril les effets de la victoire. Ce sont les forces réelles surgies de la base qui doivent donner forme à la refondation. Et celle-ci doit être comprise au plein sens du mot sur tout le champ du camp du Non : c’est dans une fusion des forces, sans exclusives, concessions, manipulations, ultimatums, petits calculs électoraux que les victoires ultérieures sont possibles.

Petit ajout de dernière heure
          La « concurrence libre et non faussée » est la philosophie de la Constitution européenne. Mais attention ! Ce qui doit être la règle d’or à l’intérieur de l’Europe :ne vaut pas à l’extérieur, et surtout pas dans le cas de la concurrence des textiles chinois. Des prix obtenus avec une main-d’œuvre à bas prix, c’est valable entre l’Est et l’Ouest de l’Europe, puisque ce sont des capitalistes européens qui en profiteront et que les dégâts pour les travailleurs de l’Ouest sont sans importance. Mais le principe sacré ne vaut pas si ce sont les capitalistes chinois qui en profitent aux dépens de ceux de l’Europe. Mettez-vous bien dans la tête cette leçon de morale économique.

PENDANT QU’ON CELEBRE LES GENOCIDES D’HIER


          Au Darfour, depuis plus de huit mois, les ultimatums sont lancés contre les génocideurs soudanais du Darfour. Mais cela continue, sans que les gesticulations européo-américano-onusiennes ne troublent le gouvernement du Soudan. Soyez tranquilles, et sûrs que, dans cinquante ans, on exigera fermement que le Soudan demande pardon, et qu’on élèvera des monuments en marbre pour que de rares survivants viennent les fleurir.
          Et à propos , le génocide du Rwanda ?