Dernière minute : Dimanche 29 mai 22 heures

C'est NON !
à + de
55%


Samedi 28 mai 2005, soir.

Victoire annoncée du

NON !

Ce sera, dans l'Europe en construction,
la première grande victoire du peuple travailleur
Contre l'insultante domination du Capital.

          Il n'est plus temps de donner de nouveaux arguments de voter NON ! Libéraux et socio-libéraux annoncent eux-mêmes leur défaite et, mauvais perdants, vomissent leurs derniers mépris et leurs dernières injures. Le Hollande coulant est allé le plus fort en comparant "la peur" des tenants du NON à celle de l'insécurité en 2002 : cette peur avec laquelle c'était bien son parti qui avait rivalisé avec la droite pour tenter de compenser son bilan social lamentable. En plus, il ajoute la Pentecôte (vraiment marrant !) au rejet de la politique de ses copains de droite, qui est pourtant bien celle des contre-réformes européennes, qui s'appellent en allemand "réformes Schröder" et que les travailleurs d'outre-Rhin, privés de référendum, viennent de sanctionner en Rhénanie-Westphalie. Tout cela n'empêche pas le futur vaincu d'exiger la réunification du PS sous sa houlette, à condition que les vainqueurs de gauche acceptent de se plier à sa loi. Ceux-là seraient idiots de se soumettre.
          Pendant ce temps, les événements continuaient à dénoncer les ouis-titis : les travailleurs portugais payés 600 euros mois pour des semaines de six jours de 12 heures par un sous-traitant de Télécom. La Alliot-Marie se prenait les pieds dans le tapis, en rugissant que la loi française interdisait cela et qu'il y aurait des sanctions. Mais elle oubliait que la loi européenne se préparait à le permettre. Et du coup se révélaient les hôtesses de l'air asiatiques et les marins pakistanais, payés eux aussi des clopinettes sur les avions et les bateaux européens.
          Enfin, Laurent Fabius révélait le plan C réservé par la droite en cas de victoire du oui : réduction du nombre des fonctionnaires, mesures de contrôle et de sanctions pour les chômeurs, pénalisation des patients n'ayant pas désigné leur médecin traitant, augmentation du prix du gaz, et, au niveau européen, nouvelle mouture de la directive Bolkestein-Barroso, entre autres mesures anti-sociales. Dernier jour, dernière annonce pleine d'avenir d'une Europe aussi religieuse que Capitaliste. En Hollande, introduction dans l'enseignement du créationnisme biblique amélioré en opposition à l'évolution des espèces, toujours dite "théorie", comme si elle n'était pas scientifiquement prouvée. Et tout de suite, pour achever de nous convaincre, l'Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes (EUMC) décide que critiquer Israël est de l'antisémitisme, en mêlant soigneusement l'identification juif/Israël à la dénonciation de la guerre coloniale génocidaire de cet État. Nous avons manqué de temps pour ajouter cette perspective à nos arguments. Le Non aurait pu atteindre les 60%. Nous l'échappons belle en mettant cette Constitution par terre.
          Tandis que, tous en chœur, ouis-titis de droite et de gauche pleurent qu'il n'y a pas d'issue hors du oui, que c'est l'impasse, et qu'Edgar Morin, une dernière fois tiré par le veston loin de ses chères études, nous assure qu'il n'y a pas de "lendemains qui chantent pour le Non." Il se trompe d'époque, le cher homme : ce n'est pas un lendemain qui chante que nous préparons, c'est un lendemain de luttes européennes.
          Bien loin de penser que le Non est une fin, nous sommes sûrs au contraire que c'est un commencement, celui de la remontée, qui sera à coup sûr longue et difficile, pleine de chausse-trapes.
          Déjà, de différents côtés, on voit des manœuvres et l'on sent des arrière-pensées politiciennes de tirer à soi les marrons du feu. Mais les militants des 900 comités qui sont les artisans de la victoire du Non ne sont pas prêts à se laisser endormir ou manipuler. Ils sont plus de 200 000, tous désireux de cimenter leur unité. La Fondation Copernic, ce centre unitaire, les représente bien qui appelle à des États généraux des collectifs. Son président Yves Salesse parle le langage du bon sens quand il dit : "Ces partis qui ont tant de mal à peser quand ils sont dispersés, sont une force qui s'impose quand ils sont unis." Et dans tous, il y a des femmes et des hommes qui le comprennent. Ce n'est pas autour d'un drapeau que l'unité doit se faire, mais d'un programme à construire ensemble, dans une vraie démocratie de masse. Un but pourrait être d'une pré-constituante française pour une Constituante européenne des peuples. Chaque parti et chaque formation participante y gagneront, par la valeur de son apport à l'œuvre commune, par la qualité de ses propositions et le dévouement vers les buts communs.

          Le Journal intempestif va interrompre sa parution jusqu'au 15 juin, pour souffler après l'effort. Nous reprendrons avec des bilans déjà élaboré


Le Journal intempestif est heureux
de vous annoncer la parution de


LE TROTSKISME
UNE HISTOIRE SANS FARD

De son rédacteur
Michel Lequenne
Editions Syllepse - 24 Euros