1er novembre 2005

Le pourrissement du Proche-Orient
et
la crise de l’impérialisme

          L‘Iran se prépare-t-il à fabriquer une bombe atomique ?
          C’est probable. Et on peut comprendre son gouvernement de vouloir disposer de cet instrument de dissuasion, alors qu’il est sous la menace constante des USA, et… d’Israël, qui possède des bombes nucléaires que personne ne s’avise de lui demander de détruire.
          Car là gît la farce de l’AIEA qui vient de recevoir le prix Nobel de la Paix. Ses efforts pour empêcher un progrès de la prolifération nucléaire seraient plus convaincants si elle demandait et obtenait que les puissances nucléaires actuelles procèdent à des destructions progressives de leurs stocks, en vue de leur disparition totale. Mais non seulement il n’en est rien, mais on n’a pas vu cette agence pacifiste protester contre les recherches des USA en vue de création de bombes atomique miniatures, susceptibles de ne porter que sur des zones limitées de destruction, et de bombes à neutrons qui ne tuent que ce qui vit, mais ne détruisent pas les bâtiments.
          L’opinion publique de nos chers pays ne s’émouvait pas énormément de l’agitation autour de cette affaire d’uranium plus ou moins enrichi et des tensions diplomatiques qui vont avec. Il fallait la secouer par quelque chose de plus sensible. Ce fut la déclaration du nouveau président de l’Iran, Mahmoud Ahmadinejad, selon laquelle il fallait détruire Israël. Menace purement verbale, quasi classique depuis que les ayatollahs sont au pouvoir sur cette terre pétrolière autant que musulmane, mais grossie par des médias à la botte qui ne se soucient pas de dénoncer la destruction, très réelle de la Palestine, par Sharon.


Jean Baumgarten a réagi à ce “ scandale ”.
À lui la parole :

Les déclarations du président iranien ,
la presse aux ordres,
et les gouvernements occidentaux…

On a pu lire le texte ci-dessous, qui éclaire à la fois les déclarations de Mahmoud Ahmadinejad et les réactions quelles ont suscité.

          Ancien officier des gardiens de la Révolution, le chef de l'Etat iranien élu en juin, a tenu les propos litigieux, que la communauté internationale a rapidement et unanimement dénoncés, devant 3000 étudiants participant mercredi à Téhéran à une conférence sur le thème "le monde sans le sionisme".
           "Le monde musulman ne laissera pas son ennemi historique vivre en son cœur", a-t-il ajouté, selon l'agence de presse iranienne Iran, confirmant ainsi la radicalisation du régime islamique que les diplomates avaient cru percevoir après les huit années de présidence du modéré Mohammad Khatami.
           Profitant de la réprobation quasi générale provoquée par les propos d'Ahmadinejad, y compris en Russie, alliée privilégiée de la République islamique, Israël a réclamé vendredi la réunion extraordinaire du Conseil de sécurité de l'Onu, dont l'Iran devrait être exclu, selon le Premier ministre Ariel Sharon.
           "Nous avons décidé d'engager une grande offensive diplomatique", a déclaré de Paris à Radio-Israël le chef de la diplomatie israélienne, Silvan Shalom. "J'ai invité tous mes homologues dans le monde à ne pas fermer les yeux et à faire cesser une fois pour toutes ces petits jeux iraniens."
           Par le truchement de son ambassade à Moscou, la diplomatie iranienne s'est employée à calmer le jeu en assurant que le chef de l'État iranien "n'avait pas l'intention de s'exprimer en des termes aussi vifs" et que, dans son esprit, il s'agissait de rappeler la nécessité d'"élections libres dans les territoires occupés". Mais, à Téhéran, où des milliers de manifestants ont défilé après la grande prière de vendredi aux cris de "Mort à Israël!" et "Mort à l'Amérique!", Ahmadinejad s'en est tenu à ses propos en s'adressant brièvement à la foule: "Mes mots sont ceux de la nation iranienne. Les Occidentaux sont libres de les commenter mais leurs réactions n'ont pas de valeur." Lors du principal meeting, parrainé par le gouvernement et auxquels les principaux dirigeants iraniens ont participé, les manifestants ont foulé aux pieds des drapeaux israéliens et américains et scandé "Palestine, Palestine, nous te soutenons!"


           Les propos du président iranien n’ont pourtant rien de choquant ! Quant aux cris de la foule “ mort à Israël ” et “ mort à l’Amérique ” ils sont aussi excessifs que l’étaient le slogan des étudiants français en mai 68 : “ CRS=SS ” ! ( Mais qui avaient le rôle de frapper une opinion révoltée par l’attitude des CRS).
           Ce qui est vraiment choquant aujourd’hui c’est de voir le gouvernement américain réactionnaire continuer à occuper l’Irak près de trois ans après son intervention unilatérale, continuer à emprisonner en dépit du droit international des centaines de prisonniers à Guantanamo.
Ce qui est scandaleux aujourd’hui c’est de voir la Grande-Bretagne continuer à occuper l’Irak.
           Ce qui est scandaleux aujourd’hui c’est de voir un certain nombre d’États membres de l’Union européenne jouer aux petits occupants en Irak pour faire plaisir au gouvernement américain.
Ce qui est scandaleux aujourd’hui c’est de voir comment la Russie poutinienne traite le peuple tchétchène : dans le sang et le mépris.
           Ce qui est scandaleux aujourd’hui c’est de voir comment la France “ sous couvert d’empêcher l’effusion de sang ” occupe avec quelques milliers d’hommes la Côte d’Ivoire.

          Enfin, ce qui est scandaleux aujourd’hui, c’est de voir le gouvernement israélien, après 58 ans de “ Naqba ” ( “ catastrophe ” pour le peuple palestinien), avec ses dirigeants pleins de morgue raciste et coloniale, continuer comme précédemment à maintenir le peuple palestinien (celui de l’intérieur d’Israël, et celui de l’extérieur ) sous sa dépendance, par la loi coloniale et raciste, celle du plus fort : et bien entendu tout cela avec l’aval complet du gouvernement américain et le silence scandaleux ou même le soutien de l’Union européenne….

           Je ne suis pas un apologiste ( loin s’en faut) de la théocratie iranienne, mais il convient dans cette affaire de prendre fait et cause pour l’Iran et de dénoncer l’ensemble du Conseil de Sécurité de l’ONU qui a honteusement soutenu Israël : que ce dernier se souvienne de l’État raciste d’Afrique du Sud. Combien de temps cet État raciste et colonial s’est-il permis de tenir la dragée haute aux États occidentaux ? Y a-t-il eu à l’époque une seule fois où le Conseil de Sécurité aurait voté un texte approuvant un tel régime colonial et raciste ?

           Oui il faut “ rayer Israël de la carte ” ! Oui il faut imposer dans toute la Palestine un autre régime, démocratique, qui traite les citoyens israéliens de toutes origines ( juive, musulmane, catholiques et bien entendu laïques) avec les mêmes droits et qui constitutionnalise ces droits. Oui il faut dans une première étape qu’Israël abandonne ses privilèges et réintègre légalement les expulsés de 1948 et de 1967, afin qu’ensuite puissent se constituer une fédération d’États puis un seul État laïque en Palestine : à ce moment-là seulement nous pourrions voir quels sont les États voisins qui seraient en opposition …

Jean Baumgarten
(auteur d'En finir avec le sionisme,
disponible contre 10 euros à :
Jean Baumgarten – B.P. 17 – Goult 84 220 .


L’impérialisme américain dans la merde

          La cause profonde des cris d’orfraie contre l'Iran et la Syrie sont, bien entendu, la crise dans laquelle se débat, comme un homme qui se noie, l’administration Bush.
L’hydre US est à la fois malade et blessée. Elle se tord et se débat. Elle n’en est que plus dangereuse, car ses dix têtes crachent le feu et ses dix queues battent à grands coups. La maladie est économique, et nous l’examinerons dans un prochain numéro de ce Journal. Voyons seulement aujourd’hui les blessures :
           L’Irak est sa principale plaie. Le peuple des États-Unis vit mal le passage de la borne de ses 2000 soldats tués dans une guerre qui devait être le modèle du “ sans morts ” (de l’assaillant, bien sûr !). Et d’autant plus que le mensonge des armes de destruction massive s’étale maintenant comme fabriqué de toutes pièces par l’entourage direct de Bush et sous son contrôle. La question “ Alors pourquoi ? ” devient lancinante. Et les réponses diverses se combinent facilement les unes avec les autres :

  1. victoire facile, justement parce qu’il n’y avait pas d’armes de destruction massive, et que le peuple irakien allait être ravi d’être délivré de la dictature de Saddam Hussein, surtout les shiites qu’il avait massacrés et qu’il terrorisait ;
  2. s’emparer ainsi d’une des plus grandes réserves de pétrole du monde et tenir ainsi la dragée haute à l’Arabie Saoudite, avec ses exigences croissantes au rythme même de la diminution des réserves ;
  3. tenir en respect tout le monde arabe en son centre stratégique. Ce qu’on peut ajouter conforterait encore ce qui précède.

          Mais tout ce plan a été mis en faillite, et les apprentis sorciers ne savent plus comment s’en sortir et arrêter le désastre. D’autant que leur opération Afghanistan tourne aussi à la catastrophe, exactement de la façon dont nous l’avions prévu dans notre article de Critique communiste du printemps 2002, n°166..
          Malgré leur veulerie à l’égard du Big Brother américain, les États de l’OTAN renâclent, en gros à se fourrer dans ce merdier, en détail, pour ceux qui ont accepté d’envoyer des contingents en Irak, à y rester au prix d’une impopularité qui fait tomber les uns après les autres les gouvernements qui en ont pris la responsabilité.
          C’est que l’intégrisme islamiste se développe comme une autre hydre, enfantée et nourrie qu’elle est par celle de l’impérialisme, et décidée à dévorer sa mère. Cette dernière, dans sa rage, ne rêve que de fuite en avant, en y entraînant ainsi tout l’Occident, voire le monde entier. Ses deux cibles sont pour l’instant limitées à la Syrie et l’Iran. Mais comment les atteindre ? Même la petite Syrie serait difficile à avaler. Et l’Iran, nous l’avons vu, pose un problème plus difficile encore.
          Nul ne sait comment cela finira, sinon que ce sera une défaite des USA plus grave encore que celle du Vietnam. Et l’on ne pourrait que s’en réjouir, si ce n’était qu’une victoire de l’islamisme intégriste nous changerait de péril.
          Il n’y a d’issue possible entre ces monstres que l’extension de l’altermondialisme aux peuples arabes et musulmans. C’est là un objectif que nous ne devons pas perdre de vue.

          Pour finir en riant un peu…

Procès truqué de Saddam Hussein
         On sait que, dans les procès de l’Inquisition, le Diable avait droit à un avocat.
          Saddam Hussein y a donc droit aussi. Et si nous nous rêvons à cette place, avec quelle gourmandise nous nous voyons, comme dans les films de procès hollywoodiens, en train d’appeler comme témoins à décharge les Présidents des États-Unis, de France et autres lieux :

  • N’avez-vous pas armé l’accusé d’armes de destruction massive, et ne l’avez-vous pas poussé à l’horrible guerre contre l’Iran, coupable de renversement du Shah pro-américain et de réappropriation de son pétrole ?
  • Ne lui avez-vous pas laissé penser qu’il pouvait tranquillement s’emparer de l’État artificiel du Koweït (d’ailleurs partie incontestable de l’Irak, et son débouché historique indispensable sur le Golfe), afin de l’attaquer traîtreusement ?
  • À la suite de cette guerre, ne l’avez-vous pas laissé tranquillement massacrer les Shiites, vos alliés potentiels, ce que vous pouviez faire aisément, mais parce que vous les trouviez trop proches de l’Iran à votre goût ?
  • Et par la même occasion, ne l’avez-vous pas laissé aussi massacrer les Kurdes, ce que vous pouviez faire aisément, mais parce que votre chère alliée dans l’OTAN, la Turquie, les préfère voir morts que sur la voie d’un Kurdistan indépendant avec ses propres Kurdes et ceux d’Iran et de Syrie ?

          J’en passe, et des tas de petits secrets d’amitié moins connus.
          À la différence toutefois des films hollywoodiens, ça ne se terminerait pas par l’acquittement de l’accusé, mais par la condamnation, en même temps que la sienne, par celles de MM. Bush père, Chirac, Pasqua et autres personnages vivants ou déjà morts.

1/11/2005


Le Journal intempestif est heureux
de vous rappeler la parution de


LE TROTSKISME
UNE HISTOIRE SANS FARD

De son rédacteur
Michel Lequenne
Editions Syllepse - 24 Euros