20 février 2006 

Secrets et mystifications
de la vie quotidienne

        J’allais commencer tout autrement, quand m’est parvenu un message au plus haut point illustratif de l’activité de la police de M. Sarkozy, candidat à la Présidence d’une République rénovée, et qui jette une vive lumière sur le climat moral de nos banlieues. Je me dois de le publier en éditorial, tant il est porteur de leçons sur notre monde, où il arrive que nos médias découvrent l’horreur de Guantanamo où des innocents, piqués au hasard, ont pu être torturés deux ans sans que l’on s’en émeuve, mais ont les yeux fermés sur ce qui se passe dans nos commissariats.

Samedi 21 janvier 2006, je suis sorti de chez moi à Aubervilliers, vers 20 heures, pour aller au cinéma à Épinay-sur-Seine  : j'avais rendez-vous avec ma copine à 22 heures. Comme il était déjà 21 heures 30 passées et que j'avais peur d'être en retard, arrivé dans Épinay, j'ai coupé à travers une cité pour arriver plus vite. Deux jeunes marchaient derrière moi dans la même direction, quand une voiture de police s'est soudainement arrêtée à leur hauteur, des policiers sont descendus en leur criant de ne pas bouger, j'ai entendu le bruit d'objets qui étaient jetés au sol, et les deux jeunes ont pris la fuite en me dépassant et en courant. Moi je continuais à marcher simplement, étranger à cette histoire. Les policiers se sont mis à poursuivre les deux jeunes. Ils ne m'ont rien dit, m'ont dépassé, et j'ai continué à marcher dans la même direction, je les ai perdus de vue. Un peu plus loin, je les ai revus  : ils avaient rattrapé un des deux jeunes et l'avaient menotté, le jeune était par terre et ils le frappaient à coups de pied, à coups de poing et un lui écrasait la tête par terre sous sa chaussure ; le jeune leur criait d'arrêter, qu'il était asthmatique.

J'ai continué à marcher, en m'éloignant. Mais brusquement un des policiers m'a crié  : “ Viens là toi, fils de pute  ! ” et je n'ai rien compris  ! Je suis allé vers eux et un des deux m'a brusquement flanqué un grand coup de pied dans le ventre et je me suis retrouvé par terre, menotté les mains derrière le dos. J'ai essayé d'expliquer que je ne connaissais pas ces jeunes, que je ne faisais que passer, que je n'étais pas avec eux. Le policier s'est mis à me frapper partout à grands coups de pied dans le ventre, dans les côtes, dans le dos et m'a immobilisé sous sa chaussure sur la nuque en m'écrasant la figure par terre. J'ai crié que j'étouffais, il a alors recommencé à me frapper à coups de pied, je croyais que ça n'allait pas s'arrêter  ! Finalement il s'est arrêté et m'a traîné dans leur voiture  : l'autre jeune y était déjà et ils lui ont demandé s'il me connaissait, il leur a dit que non pas du tout, j'ai essayé d'expliquer calmement à nouveau que je n'y étais pour rien, dans quelque histoire que ce soit, que j'allais au cinéma, que ma copine m'attendait à 22 heures devant le cinéma. Le policier a recommencé à me frapper à coups de poing, je n’ai plus rien dit. En s’asseyant à côté de moi il m'a crié  : “ Pousse-toi  ! Je me mélange pas avec ta race  ! ”, et on est arrivé au commissariat d'Enghien-les-Bains. Ils m'ont menotté sur un banc, l'autre jeune aussi, à l'autre bout du banc. Un policier est venu vers le jeune en lui montrant son uniforme maculé de terre et en lui disant  : “ T'as intérêt à avoir de l'argent parce qu'il va falloir que tu me paies le pressing, sinon c'est ta tête qui va payer  ! ” Le jeune a répondu qu'il n'avait pas d'argent et le policier s'est mis à le gifler et le frapper. Le jeune a dit  : “ Donnez-moi un mouchoir, je vais essuyer. ” C'était vraiment humiliant de l'entendre supplier comme ça. Le policier s'est mis à ricaner et a continué à le tabasser, ça a duré un bon moment et il s'est essuyé leschaussures sur son pull, au niveau de son ventre. Ensuite le policier est venu vers moi, j'avais très très peur qu'il me tape aussi mais il s'est seulement mis à me crier dessus en disant  : “ Et toi, petit pédé, si on retrouve pas le sac on te fait plonger avec lui, vous allez voir ce que c'est que la BAC du 95  ! ” Ils ont alors à nouveau demandé au jeune s'il me connaissait et il leur a répondu à nouveau que non. Et ils l'ont emmené. J'attendais sur mon banc. Au bout d’un petit moment un policier est revenu avec un sac à main. Il m'a enlevé les menottes, m'a emmené dans une pièce à part et m'a demandé de me déshabiller complètement. Je me suis déshabillé. Ils ont fouillé mes vêtements, ont trouvé l'argent que j'avais pour le cinéma, soit 17 euros et 26 centimes  ! Ils m'ont alors accusé de recel, ils disaient que l'argent appartenait à la victime  ! Je ne savais même pas ce qui s'était passé, et j’ai dit que c'était faux, que c'était pour le cinéma et je leur ai dit d'aller vérifier à l'entrée du cinéma, que ma copine devait m'y attendre en se demandant pourquoi j'étais en retard  ! Ils n'ont rien voulu entendre, je me suis rhabillé, ils ont gardé l'argent et m'ont annoncé que j'étais en garde à vue pour vol et recel. J'ai dû laisser mes lacets, ma ceinture, ils ont coupé et enlevé le cordon de mon blouson, ils m’ont enlevé tous mes bijoux, ma montre. Il était minuit passé et évidemment ma copine devait ne plus m'attendre et s'imaginer que je lui avais posé un lapin. J'avais mal partout à cause des coups qu'ils m'avaient mis dans la rue et dans la voiture, et je pensais que l'autre jeune devait avoir encore plus mal que moi avec ce qu'ils lui avaient mis en plus au commissariat. Je me disais que s'il lui venait à l'idée de porter plainte je pourrais être témoin !

Un médecin est venu me voir, il ne m'a qu'à peine regardé, il m'a vaguement ausculté à travers mes vêtements en me demandant si j'avais des problèmes de santé. Je ne lui ai rien dit de mes douleurs. J'étais complètement démoralisé. J'ai aussi vu un avocat qui m'a seulement dit que j'allais bientôt sortir. J'ai à peine dormi. L'odeur de cette cellule était horrible. À chaque fois que je m'allongeais pour essayer de dormir, les petits boutons en métal sur les côtés de mon jean me rentraient dans la peau et ça me réveillait. Le matin j'étais complètement abruti. Ils m'ont donné un jus de fruit.
Vers 9 heures 30, on est venu me chercher pour un interrogatoire ; j'ai à nouveau expliqué que je n’étais pour rien dans toute cette histoire, que je ne faisais que passer et que l'argent m’appartenait. On m'a redescendu en cellule. On m'a donné à manger vers midi et vers une heure et demie on est venu me rechercher pour me confronter à un des membres de la patrouille qui m'avait arrêté. Et là je crois que cela a été le pire moment  : j'ai vu et entendu comment un homme pouvait mentir de sang-froid, affirmer des choses qu'il savait parfaitement être complètement fausses. Il a prétendu que j'étais bien avec les deux autres, que nous étions en train de nous partager le butin et que c'était moi qui avais tout jeté en les voyant arriver  ! J'ai répondu que c’était totalement faux, que j'étais bien en avant de ces jeunes quand ils avaient pris la fuite, que les policiers m'avaient dépassé en leur courant après sans s’occuper du tout de moi au début, que si j'avais été dans le coup j'aurais parfaitement pu m'échapper sans que personne s'en aperçoive alors qu'ils étaient déjà loin devant et qu'ils ont attrapé l'un des deux. Le policier de la BAC n'a rien répondu, ils se contentaient de me regarder d'un air méprisant et ironique. Le capitaine qui menait l'audition m'a demandé si j’avais autre chose à ajouter. Les larmes me sont venues aux yeux, je n'arrivais pas à comprendre comment un policier, un homme tout simplement, pouvait mentir à ce point sachant le tort immense qu'il commettait, comment après il pouvait se regarder devant la glace, comment des salauds pareils pouvaient porter l’uniforme qu'ils portent. J'ai simplement dit  : “Non, je n’ai rien à ajouter, ça ne sert à rien de parler à une personne qui ment et qui n'est pas honnête.” Je suis redescendu en cellule. Je pleurais. J'avais encore mal partout. Tout cela était complètement injuste.
On est revenu me chercher à 16 heures. On m'a rendu mes affaires, mais pas l'argent, j’ai été relâché avec une convocation au tribunal correctionnel de Cergy-Pontoise pour le 28 septembre  : je suis accusé d'avoir, à Saint-Gratien, “ sciemment recélé ” 55 euros, un téléphone portable de marque Nioka et une carte bancaire Visa !
Je suis rentré à pied, d'Enghien à Aubervilliers. Arrivé le soir chez moi, les deux premières choses que j'ai faites ont été de téléphoner à ma copine et ensuite à mon ancien professeur. Seulement après, j'ai pris une douche, mangé et dormi.

Lundi matin, sur les conseils de mon ancien professeur, je suis allé voir mon médecin qui m'a fait un certificat et ensuite j'ai écrit ce récit. Mon professeur en a corrigé l'orthographe et le français et je l'autorise à le publier, sous mon seul prénom, sur son site internet.

                                                                                                Najib

        Il sera intéressant de voir quelle suite sera donnée à cette affaire par notre presse et par notre ministère de l’Intérieur.


L'Affaire d'Outreau

        Avant de quitter notre vie quotidienne, un mot sur un aspect, mais essentiel, de l'affaire d'Outreau  : celui de l'esprit public.
        Sans que cela excuse les juges, les "experts" et autres responsables à divers titres de cette horrible erreur judiciaire, l'excuse donnée par le procureur général vaut qu'on s'y arrête  : l'obsession de la pédophilie  ! De sa réalité criminelle, en particulier au travers du "tourisme sexuel", elle est en effet passée dans les campagnes "sécuritaires", et été gonflée par… les obsédés sexuels que sont les religieux refoulés et les psychothérapeutes au rabais. Et on est passé du mensonge de l'enfant accusateur mythomane du passé, à celui de la vérité qui sort toujours de la bouche des enfants. Une organisation de défense des enfants s'est encore élevée contre l'acquittement des condamnés d'Outreau en proclamant que "les enfants disent toujours la vérité." Ah oui  ! Mais quelle est leur vérité  ? La vérité n'est pas toujours la vérité, mais souvent ce que l'on croit vrai, voire ce qu'une personne d'autorité vous a dit qu'il fallait croire. Et le doute sur toute "vérité" affirmée, par qui que ce soit, cela vaut aussi pour le juge qui, malheureusement, au lieu de vérifier, et plutôt deux fois qu'une, a cru la croyance martelée par les médias, celle qui s'empare des têtes dans un monde où il n'y a plus de vrais débats, mais de l'information, et où le vrai savoir, la science, est étouffé par les bonimenteurs publics qui tendent à accaparer toute parole, informative, politique, sociale, scientifique même.


Une provocation
Parfaitement réussie

        On me demande ce que je pense de cette histoire de caricatures de Mahomet qui, publiées par un journal danois de droite en septembre 2005 ont ébranlé le monde musulman tout entier cinq mois plus tard, après republication dans France Soir.
J’en pense qu’il y a eu là une provocation soigneusement préparée qui, d’un côté a réussi, de l’autre a dépassé son objectif.
        La réaction pavlovienne de tout occidental soucieux de liberté d’expression a été de protester contre la censure exigée par les religieux fanatiques, et d’autant plus que ceux-ci ont été rejoints par nos culs-bénits chrétiens qui, eux aussi ne cessent de s’en prendre aux blasphémateurs, et ont réussi récemment à faire interdire une affiche bien innocente transposant la Cène de Léonard. Mais on ne pouvait s’empêcher d’avoir la puce à l’oreille en voyant le Philippe Val de Charlie hebdo, devenu mini-nouveau- philosophe de droite, pro-sioniste et grand pourfendeur de l’extrême gauche, trouver dans cette affaire un moyen de refaire l’unité de son canard “ Tour de Babel ”, chevalier blanc du droit d’expression, en un front unique des anti-cléricaux et des islamophobes enragés. Il est des alliés que l’on ne saurait avoir sans pincettes.
        Mais en héros sans peur, le Val republiait les dessins danois. Pour ceux qui ne les avaient pas encore vus, c’était intéressant. Ces dessins étaient mauvais et pas drôles. Mais l’un d’entre eux représentait ledit Prophète avec un turban qui était une bombe. Le message était clair  : musulman = terroriste (et Val a beau se tortiller, c’est bien cela que l’on voit du premier coup d’œil).
        Il s’agissait bien d’une provocation d’extrême droite (le journal danois en question n’avait-il pas refusé des dessins satiriques anti-chrétiens un mois avant les anti-musulmans), provocation destinée d’une part à la cause de la guerre des civilisations, de l’autre à creuser le fossé entre gauche musulmane et gauche européenne. Sur ce second point, il y eut donc un succès momentané. Sur le premier il débordait les droites au pouvoir et soudait les trois religions du Livre.
        Et le véritable effet de la provocation se retournait contre les provocateurs  : ils avaient réussi à unir la grande masse des musulmans du monde entier derrière les intégristes.
        À quelque chose malheur est bon  ! Cela aggrave les malheurs de nos impérialistes dans le monde entier. Cela a même donné le courage à l’ONU de demander à Bush de fermer Guantanamo. Mais Bush tient à son droit de torturer les prisonniers hors tout droit, à Guantanamo et en Iraq, comme dans les prisons secrètes de la CIA dans notre Europe. Mais, attention  ! il ne veut pas qu’on caricature Mahomet. Cela ne devrait-il pas lui ouvrir le cœur des musulmans ?


La Palestine en danger

        Unanimité des dominants du monde occidental pour refuser les élections de Palestine. Les mal élus Bush, Chirac et Angela Merkel, comme les "Pas élus du tout" du Conseil de l'Europe sont unanimes à condamner le choix des Palestiniens qui ont donné, par un vote dont la régularité démocratique est incontestable, le pouvoir au Hamas  ! Ah oui  ! Mais ils l'ont donné à une organisation "terroriste", gueulent en chœur l'État terroriste israélien et le terroriste Bush  ! Oui mais, disent nos bons Eurocrates, ne sont de vrais terroristes que ceux qui sont sur notre liste  ! Plus exactement sur la liste que Monsieur Bush nous a donnée et que nous nous sommes pressés d'accepter parce que nous ne voulons faire aucune peine, même légère à un homme aussi puissant et qui est en communication directe avec Dieu. Donc, de ce fait, nous ne disons pas que nous n'accepterons pas le gouvernement de ce Hamas, mais il doit d'abord accepter nos CONDITIONS, qui sont  : se désarmer, renoncer au terrorisme, et reconnaître Israël  ! Bien entendu, pas question avant cela qu'Israël renonce au terrorisme (ses tueurs viennent encore d'assassiner deux Palestiniens !), évacuent la Palestine et reconnaissent un État palestinien  ! Ah mais  ! Pour faire céder ces terroristes, Israël a décidé de punir le peuple de son vote en bloquant l'argent qu'il doit à leur Autorité, aggravant ainsi la misère d'une population déjà par moitié au-dessous du seuil de pauvreté.
        Ceci dit, regardons nos médias  : parfaitement unis dans la pensée unique "politiquement correcte", pas une télé pour contredire l'autre. Pourquoi pleurent-t-ils si fort sur Outreau… trois ans après  ? La condamnation des Palestiniens est bien pire. Mais ils croient sans sourciller à la vérité qui vient de Bruxelles et de Washington. Ces Autorités ne sauraient mentir  ! Pas plus, d'ailleurs, que les policiers assermentés de M. Sarkozy.

20 février 2006


Le Journal intempestif est heureux
de vous rappeler la parution de


LE TROTSKISME
UNE HISTOIRE SANS FARD

De son rédacteur
Michel Lequenne
Editions Syllepse - 24 Euros