Août 2006

Vive le Hezbollah !

         Une nouvelle fois, la preuve est faite qu’il est impossible à une armée d’agression, fut-elle équipée des pires armes de destruction massives et ne reculant devant aucun crime contre l’humanité, d’infliger une défaite à la guérilla d’un peuple envahi, en dépit de son armement dix fois inférieur.
Telle est la leçon de la seconde guerre déclenchée par Israël contre la population musulmane du Liban et contre son organisation armée, le Hezbollah. La victoire de celui-ci est d’autant plus admirable qu’il l’a payée très cher. Mais il a gagné, en même temps que cette guerre qu’on lui a infligée, l’admiration et la solidarité de toute la population anti-impérialiste du monde.
          Pourtant, l’État colonial sioniste n’a reculé devant aucune monstruosité pour tenter de faire plier la résistance libanaise, détruisant les villes et les villages (tous dits “bastions du Hezbollah”), les infrastructures vitales du pays (déclenchant une marée noire qui risque d'infester toute la Méditerranée), les routes et ponts, les hôpitaux, et mitraillant les réfugiés, refusant trêves et couloirs de secours, faisant plus d’un millier de morts civiles (dont 40 % d’enfants), et finalement laissant dans son sillage les grenades à mitraille et mines anti-personnelles qui vont essentiellement tuer les enfants (comme cela a été le cas en Afghanistan). Le gouvernement d'Israël savait qu’il était couvert par les États-Unis quant à ces “crimes de guerre” tels que définis par les conventions de Genève (dont les Bush et C° ne se privent pas eux-mêmes), et ne pouvait douter que les autres Etats impérialistes, en particulier d’Europe, ainsi que leur ONU, se contenteraient des jérémiades de rigueur… ce qui fut le cas.
         Mais quant à obtenir la complicité du gouvernement du Liban, opposé politiquement au sud chiite, le coup fut manqué ! Loin que l’offensive terroriste ait fait se courber le Nord, sa monstruosité a soudé une union populaire nationale. Cela a été une première défaite pour les agresseurs.
Pendant plus d’un mois, ils ont eu les mains libres, entre les bafouillages des politiciens internationaux (dont ceux de notre ridicule pitre Douste-Blazy, marionnette de la marionnette Chirac, qui se croyait vraiment homme d’État dans sa manipulation par le Con’Rice d’Ubush II), et la couverture unanime des merdias (voir nos grands quotidiens et télés, avec primes de saloperie pour le Monde et Arte) qui ont soigneusement caché les manifestations du monde entier et filtré à un minimum les dénonciations innombrables. Ce à quoi il faut ajouter le parfait accord de nos sociaux-libéraux avec la droite, Fabius allant même jusqu’à reprocher aux autres de n’être pas des dénonciateurs assez énergiques de l’Iran, tandis que Jacques Lang allait faire des promesses démagogiques à la Syrie, à condition qu’elle accepte de laisser tomber le Hezbollah.
         Pour tenter de détourner l’opinion mondiale de la condamnation de cette guerre, la police de Blair a providentiellement proclamé le démantèlement d’une opération terroriste préparant un nouveau 11 septembre… dont il y a gros à parier que l’on découvrira bientôt qu’il s'agit d'un pur bidonnage. Notre Sarkozy a enfourché ce canasson.
         La résolution 1701 de l’ONU est enfin arrivée à point pour permettre à Israël de trouver une porte de sortie du bourbier de son aventure militaire qui était en train de tourner au désastre. Cette résolution, que l’on veut nous vendre comme une œuvre de paix enfin obtenue de la sagesse des nations, est en fait ignoblement favorable à Israël, et contient une menace contre le Hezbollah. Immédiatement, Israël s'était réservé le “droit” à “se défendre” tant qu’il restait au Liban, c’est-à-dire à continuer à attaquer le Hezbollah pendant le cessez-le-feu. Mais la crainte de subir, dans un tel cas, de dures ripostes, l'a fait choisir un prompt désengagement, bien assuré, en revanche, d'être remplacé par un corps international composé de soldats de pays qui, comme la France, sont pro-israéliens et dénonciateurs du Hezbollah comme “terroriste”. Déjà, nous voyons Don Basile Douste-Blazy et la maréchale Alliot-Marie suggérer que les troupes françaises ne peuvent s'engager dans la FINUL sans des consignes claires… c'est-à-dire le droit de traquer le Hezbollah pour le désarmer, tandis que l'Allemagne choisit d'envoyer des forces maritimes destinées en empêcher l'arrivée d'armes par la mer. Or il est inadmissible d’exiger le désarmement du Hezbollah tant qu’Israël ne cessera pas lui-même d’être un Etat militariste surarmé.
         Ceci met d’ailleurs en pleine lumière la campagne des impérialistes contre l’Iran. De même que, dès qu’ils ont obtenu que la Syrie se retire du Liban, Israël s’est préparé et, sous le plus petit prétexte soigneusement provoqué, a déclenché son agression contre ce pays, de même l’Iran, menacé ouvertement par Israël du bombardement de ses installations nucléaires, a toutes les raisons de rechercher un tel armement tant qu’Israël en dispose et montre par son agression cynique qu’il ne reculerait pas à l’utiliser en lieu et place de son allié et soutien, les États-Unis.
         S’il est vrai que la défaite honteuse d’Israël va redonner force aux oppositions intérieures, y compris à la gauche anti-sioniste, et ainsi donner un coup d’arrêt à sa capacité offensive, n’oublions pas que l’échec de sa première invasion du Liban l’avait ainsi arrêté pour une période, avant une nouvelle aggravation de son expansionnisme colonial féroce. Et de même que, dans le pur style fasciste, le gouvernement d’Elmort, digne successeur de Sharogne, s’est vengé de son enlisement militaire, du début à la dernière minute de son offensive, en massacrant les populations civiles, de même on risque de voir l’humiliation de la défaite au Liban être vengée dans le sang des Palestiniens. Cela a déjà commencé !
         La résolution 1701 ne doit donc pas être un leurre pour l’opposition mondiale. La vigilance ne doit pas cesser. Israël ne doit pas obtenir de sa défaite ce qu’il n’a pas obtenu de son agression : les prisonniers faits par le Hezbollah, dont les trois qui ont servi de prétexte à l'agression, doivent être échangés contre les centaines de Libanais otages retenus par Israël, de même que le soldat Gildad Shalit doit être échangé contre les milliers d’otages palestiniens, dont tant de femmes et d'enfants, emprisonnés arbitrairement par Israël. Toute autre solution serait approbation du colonialisme fascisant d’Israël.

Petite sélection de l’opposition
par internet à la guerre d’Israël
et des débats qu’elle a entraînés

          Dans Politis, un des rarissimes hebdomadaires démystificateurs, Bernard Langlois a donné la clef du “politiquement correct” dont nous devons tous nous pénétrer :

Règle numéro 1 : Au Proche Orient, ce sont toujours les Arabes qui attaquent les premiers et c'est toujours Israël qui se défend. Cela s'appelle des représailles.

Règle numéro 2 : Les Arabes, Palestiniens ou Libanais, n'ont pas le droit de tuer des soldats ou des civils de l'autre camp. Cela s'appelle du terrorisme.

Règle numéro 3 : Israël a le droit de tuer les civils arabes. Cela s'appelle de la légitime défense.

Règle numéro 4 : Quand Israël tue trop de civils, les puissances occidentales l'appellent à la retenue et à “proportionner” son attaque. Cela s'appelle la réaction de la communauté internationale.

Règle numéro 5 : Les Palestiniens et les Libanais n'ont pas le droit de capturer des militaires israéliens, même si leur nombre est très limité et ne dépasse pas trois soldats, car cela menace l'existence même de l'État d'Israël.

Règle numéro 6 : Les Israéliens ont le droit d'enlever autant de Palestiniens qu'ils le souhaitent (environ 10 000 prisonniers à ce jour dont près de 300 enfants). Il n'y a aucune limite et nul besoin d'apporter aucune preuve de la culpabilité des personnes enlevées. Il suffit juste de dire le mot magique : "terroriste".

Règle numéro 7 : Quand vous dites "Hezbollah", il faut toujours ajouter “islamistes”, “chiites” et l'expression “soutenu par la Syrie et l'Iran”.

Règle numéro 8 : Quand vous dites "Israël", il ne faut surtout pas ajouter après : “soutenu par les États-Unis, la France et l'Europe”, car on pourrait croire qu'il s'agit d'un conflit déséquilibré.

Règle numéro 9 : Ne jamais parler de "Territoires occupés", ni de résolutions de l'ONU (sauf de la N° 1559 qui demande le désarmement du Hezbollah), ni de violations du droit international, ni des Conventions de Genève. Cela risque de perturber le téléspectateur et l'auditeur radio.

Règle numéro 10 : Les Israéliens parlent mieux le français que les Arabes. C'est ce qui explique qu'on leur donne, ainsi qu'à leurs partisans, aussi souvent que possible la parole. Ainsi, ils peuvent nous expliquer les règles précédentes (de 1 à 9). Cela s'appelle de la neutralité journalistique.

Règle numéro 11 : Si vous n'êtes pas d'accord avec ces règles ou si vous trouvez qu'elles favorisent une partie du conflit contre une autre, c'est que vous êtes un "dangereux antisémite"


Comment cela a-t-il commencé ?

          Le dernier épisode du conflit entre Israël et la Palestine s'est ouvert avec l'enlèvement à Gaza de deux civils, un médecin et son frère, par les forces israéliennes. Un incident mentionné nulle part, sauf dans la presse turque. Le lendemain, les Palestiniens capturèrent un soldat israélien, puis proposèrent d'en négocier l'échange contre un certain nombre de prisonniers palestiniens - ils sont environ 10 000 dans les prisons israéliennes.
         Que l'“enlèvement” d'un soldat israélien soit considéré comme un scandale alors que l'occupation militaire illégale de la Cisjordanie et l'appropriation systématique de ses ressources naturelles - en particulier de son eau - par les forces de défense (!) israéliennes sont acceptées comme un fait certes regrettable mais objectif : voilà qui est typique de la politique du deux poids, deux mesures que l'Occident pratique de façon systématique devant ce qu'endurent, depuis soixante-dix ans, les Palestiniens sur des terres qui leur ont été allouées par des accords internationaux.
         Aujourd'hui, les scandales se répondent ; des missiles artisanaux croisent en plein vol des engins autrement sophistiqués. Ces derniers vont généralement atteindre leur objectif dans des zones où les plus déshérités s'entassent en attendant ce qu'on appelait autrefois la Justice. Les deux sortes de missiles déchiquettent les corps de façon tout aussi horrible - qui, hormis les chefs militaires, pourrait l'oublier un seul instant ?
         Chaque provocation et contre-provocation sont montées en épingle et donne lieu à des leçons de morale. Mais les débats qui en résultent, les accusations et les serments ne servent qu'à détourner l'attention du monde d'une pratique militaire, économique et géographique à long terme dont l'objectif politique n'est rien moins que la liquidation de la nation palestinienne.
         Cela doit être dit à haute et intelligible voix car ladite pratique, seulement exprimée à demi-mot et souvent exécutée secrètement, progresse rapidement ces jours-ci, et c'est un devoir, à notre avis, que de lui résister et de la dénoncer sans cesse et toujours pour ce qu'elle est.

Tariq Ali — Russell Banks — John Berger — Noam Chomsky — Richard Falk — Eduardo Galeano — Charles Glass — Naomi Klein — W.J.T. Mitchell — Harold Pinter — Arundhati Roy — JoséSaramago — Giuliana Sgrena - Gore Vidal — Howard Zinn

(de http://www.chomsky.info/whatsnew.htm)


          Si la dénonciation de la sauvage agression israélienne du Liban, par le président du Venezuela, Hugo Chavez, a été rendue publique, c'est du fait qu'il est lui-même dénoncé par les États-Unis comme par tous nos merdias à la botte comme un allié des "terroristes", mais quant il s'agit de ceux dont on attendait au moins un neutre silence, il en va autrement. Ainsi…

L’Algérie a dénoncé le silence de la communauté internationale
Qui l'a su ?


          L’Algérie appelle la communauté internationale à “sortir de son mutisme” et à “abandonner le silence complice dans lequel elle s’est réfugiée” pour “condamner sans complaisance” l’agression israélienne contre le Liban et “imposer un cessez-le-feu immédiat et sans conditions” afin de trouver une solution “juste et durable” à la crise du Moyen-Orient.

         Dans son intervention devant le Conseil de sécurité sur la situation au Liban, Youcef Yousfi, représentant permanent de l’Algérie à l’ONU, a indiqué, selon une information rapportée hier par l’APS, que “l’Algérie suit avec la plus profonde préoccupation l’évolution des événements tragiques au Moyen-Orient et condamne, avec fermeté, les attaques aveugles que mène l’armée israélienne contre les peuples palestinien et libanais”. Il a ajouté que “les incidents qui semblent être à l’origine de cette nouvelle agression israélienne ne sauraient justifier ni expliquer le châtiment collectif qu’Israël, faisant fi des règles du droit international et du droit international humanitaire, inflige, aujourd’hui, à un Etat souverain et à sa population civile innocente”. Le représentant de l’Algérie, qui a exprimé également sa “grave préoccupation devant la détérioration de la situation humanitaire, consécutive à ces attaques de l’armée israélienne”, a exhorté “la communauté des donateurs à répondre massivement et d’une manière généreuse à l’appel de détresse lancé par le gouvernement libanais pour soulager les souffrances d’une population largement éprouvée”. Il a, en outre, observé que “le prétexte de la lutte contre le terrorisme, à travers le recours pur et simple au terrorisme d’État, aura certainement des effets inverses à ceux qui en sont recherchés”, ajoutant que “la résistance légitime à l’occupation ne disparaîtra pas tant que ne seront pas éliminées les causes qui l’ont engendrée”. Après avoir réitéré la position de l’Algérie, selon laquelle une paix globale, juste et durable est “un tout indivisible qui ne peut se réaliser sans le retrait total d’Israël des territoires occupés”, M. Yousfi a appelé le Conseil de sécurité à “assumer sa pleine responsabilité” en ce qui concerne le maintien de la paix et de la sécurité internationales et de “s’opposer aux tentatives de certains pays désireux d’imposer leur propre vision de la paix à des voisins qui ont le tort d’avoir la faiblesse de leur côté”. Un règlement “juste et durable” du conflit du Moyen-Orient doit être basé, estime le représentant de l’Algérie à l’ONU, sur l’initiative arabe de paix, adoptée au sommet de Beyrouth et fondée sur le respect des résolutions 242, 338, 1397 et 1515 du Conseil de sécurité et sur le principe de la terre contre la paix.


Un témoignage d'Elsa Ferrari, française,
professeur de piano à Ramallah.

          J'ai honte d'être française, d'être européenne…
Savez-vous que depuis la semaine dernière a lieu une exposition de “tentes de la paix” à Tel-Aviv ? À lieu la "saison française en Israël". Philippe Douste Blazy est ici depuis une semaine (non pas ici… en Israël), pour entretenir l'amitié franco-israélienne. Des millions d'Euros ont été dépensés pour cette exposition incohérente, imbécile des tentes de la paix.
De la Paix où ? La paix existe ici ??!! De qui se moque-t-on ? Et nous n'avons pas d'argent à envoyer aux Palestiniens, c'est ça ? Mais d'où vient cet argent ?
         Aujourd'hui, il y a moins d'une heure, l'armée israélienne était sur la place Manara, la place principale de Ramallah. Ils ont tiré n'importe comment, sur n'importe qui… Ils ont blessé des enfants, des adolescents… ils ont tiré sur une population armée de pierres… ils ont détruit des magasins… J'ai comme un goût de déjà-vu dans la bouche… J'ai honte, j'ai honte, plus que jamais…
         Le gouvernement a dépensé mon argent, votre argent pour cette exposition à Tel-Aviv… Et dépense aussi depuis bien longtemps notre argent pour qu'Israël continue de tuer… Quand cette folie va-t-elle enfin s'arrêter ?
         La semaine dernière quatre soldats sont entrés dans la maison d'Iyad, un de mes élèves de piano. Iyad a 26 ans, il est l'aîné d'une fratrie de trois jeunes hommes… Quatre soldats donc sont entrés, en pleine nuit, et ont enlevé mon élève et ses frères. Ils les ont menottés, leur ont bandé les yeux et les ont embarqués dans une des 5 jeeps blindées présentes dans le quartier cette nuit-là et sont partis, emportant les trois frères.
         Ils ont fait descendre Iyad, après 15 minutes de route. D'autres soldats sont arrivés et la jeep est repartie, avec les deux frères d'Iyad qui avait toujours les yeux bandés et les mains coincées dans des menottes trop petites. Ils ont commencé à le rouer de coups (selon lui, ils devaient être 5 d'après les voix qu'il entendait) Iyad n'a pas su nous dire combien de temps ça a duré. Ils l'ont ensuite relâché et l'ont abandonné comme ça, au milieu de nulle part. Il est rentré chez lui à pieds, en espérant retrouver sa famille… Mais seuls ses parents étaient présents. Son plus jeune frère est rentré le lendemain soir, incapable de raconter ce qui venait de lui arriver. Nous n'avons toujours pas de nouvelle du troisième fils de Om Iyad (parce que oui, Iyad a une mère, je suis bien là en train de parler d'êtres humains qui se font torturer, sans raison.).Iyad et ses frères ne font partie d'aucune organisation.
         Alors ces tentes de la paix, elles veulent dire quoi ? Douste Blazy a-t-il le droit de se rendre en Israël et de parler d'une amitié Franco-israélienne ? Je suis française mais je hais depuis peu Israël du plus profond de mon être, et je refuse que le gouvernement de mon pays soit complice de toutes ces ignominies. Je n'ai plus peur de parler de haine car comment nommer autrement ce sentiment qui m'anime lorsque je vois un soldat tirer n'importe où, dans ces rues qui me sont devenues intimes, comme s&Mac226;il ne savait pas que des hommes sont postés devant lui. Que sont-ils venus faire à Ramallah ? "Arrêter un homme dangereux" ?.. et ont tué plusieurs civils, plusieurs innocents au passage. Ils n'ont pas le droit d'être là…
         Imaginez-vous, dans votre ville, à faire des courses dans l'épicerie du coin et, soudainement, un, deux, trois coups de feu, deux hélicoptères se font entendre et un troupeau de jeeps arrivent… C'est le début d'un long affrontement. Mais qu'est-ce que je raconte ? Il vous est forcément impossible d'imaginer ce genre de scène (et c'est tant mieux, j'en suis sincèrement ravie) ; la France n'est pas en guerre Et pourtant elle participe aux meurtres, aux enlèvements, aux emprisonnements. Nous sommes tous coupables, nous européens de ce qui se passe ici, en PALESTINE.
         Et les Palestiniens sont plus seuls jour après jour. Alors évidemment qu'ils se tournent et s'accrochent à la religion… À quoi pourraient-ils bien s'accrocher ? À la “communauté” internationale ? On a oublié il y a bien longtemps le sens de ce mot “communauté”. Quant à “égalité”, “fraternité”, “liberté”
         J'ai mal de savoir que je participe malgré moi à cette tuerie, que la balle qui a atteint la tête de ce jeune homme il y a à peine une heure, est le fruit de cette foutue amitié franco-israélienne.
Et savez-vous à quel point les soldats qui ne tirent pas (parce qu'heureusement, il y en a), sait-on à quel point ils sont détruits après une opération comme celle-ci ? Connaissez-vous le taux de suicide de la jeunesse israélienne ?
         Si vraiment cette amitié franco-israélienne existait, ne cesserions-nous pas de payer leurs armes ?
         On m'a encore interdit de sortir de chez moi aujourd'hui : “c'est trop dangereux, reste à la maison, tes élèves ne pourront pas venir de toute façon…” Je suis alors descendue dans la famille de Saed, mon voisin du dessous, pour regarder avec eux les actualités… Et j'ai vu le désastre. J'ai eu mal de voir les sœurs de Saed trembler de ne pas arriver à joindre leur mère, je les ai vus m'embrasser quand je leur ai appris que j'avais déjà appelé Saed pour lui dire de rester à la fac… Et j'ai eu aussi très mal de les entendre me demander de manger ce qu'ils m'avaient gentiment préparé… Ils n'ont pas compris pourquoi je ne pouvais rien avaler… Ils m'ont proposé d'éteindre la télé comme si tout ce qu'on voyait n'était qu'un film… Pour eux c'est tellement banal. Et ici, contrairement à chez nous, on ne cache pas les corps des hommes morts. Je veux dire, ceux qui sont tombés pour de vrai et pour toujours, quelques minutes plus tôt… On m'a expliqué que c'était pour que les familles des victimes soient au courant. Mais manger devant ce spectacle… C'est trop pour moi, mais je m'efforce de rester calme, en respect à cette famille qui m'accueille et qui ne partira pas dans deux mois, comme moi, dans un pays plus calme…
         Je ne sais plus quoi vous demander, si ce n'est de refuser. Refuser en masse ce que notre gouvernement fait dans notre dos. Refusez en masse qu'une importante partie de vos (nos) impôts servent directement à l'armée.

Elsa FERRARI Ramallah, le 24 mai.

*

          Le Monde, cherchant des coupables qui puissent sauver un peu la mise au gouvernement israélien d'Elmort, a trouvé, dans son bas de page 5 du 17 août, son chef d'état-major Dan Haloutz qui a vendu ses actions avant le déclenchement de l'offensive (prouvant ainsi qu'elle était préparée à l'avance et non déterminée par les enlèvements de soldats israéliens par le Hezbollah), par ailleurs vrai héros qui avait "publiquement traité de "traîtres" 27 pilotes de chasse — parmi lesquels le colonel Yftah Spector, héros des guerres israéliennes (sic) — qui avaient annoncé leur refus de bombarder des zones habitées, en territoire palestinien", lui-même ayant l'année précédente "fait larguer une bombe d'une tonne sur un bâtiment de Gaza, qui avait "éliminé" un dirigeant du Hamas, Salah Shehadéh, mais aussi 16 autres occupants de l'immeuble, dont des enfants" [Et qui] critiqué, avait répondu : "Vous voulez vraiment savoir ce que je ressens lorsque je largue une bombe ? Je vais vous le dire : je perçois une légère secousse dans l'avion, occasionnée par le largage. Une seconde après, elle a disparu. Voilà ce que je ressens."..


Mais quelle est donc la nature de ce régime israélien ?

          À ceux qui regimbent à appeler "fasciste" le régime sioniste, sous prétexte qu'en Israël il y a des élections, donc "démocratie", examinons ces…


arguments pour réfléchir :

          Il est fascinant de constater que, de même que le nazisme élevait la "race aryenne des Germains" comme race supérieure, les autres étant des sous-hommes “untermenschen”, le sionisme construit un État mono-ethnique de "Juifs", essentiellement d'origine européenne, leur religion étant considérée comme constituant un groupe "pur", et traite les Palestiniens en sous-hommes, y compris les musulmans israéliens, qui sont pourtant des "sémites", alors que, par exemple, les juifs originaires de Russie et de Pologne sont des descendants de Slaves convertis dans des temps très anciens.
          De même que les prétendus Aryens revendiquaient un "espace vital" dont ils s'emparaient par la force, les sionistes israéliens tendent à s'emparer de toute la Palestine au nom d'un droit mythique à cette terre, promise par leur dieu tribal, il y a trois mille ans, et partiellement conquise en ce temps par les Hébreux, nomades guerriers, en une offensive meurtrière contre ses habitants originaires (voir la Bible). Telle est "leur Terre !"
          De même que les nazis enfermèrent dans des camps tous leurs adversaires politiques, puis "raciaux", l'État sioniste emprisonne sans jugement des milliers d'hommes et de femmes (et même d'enfants), les uns parce qu'ils sont ses adversaires politiques ou "présumés" tels, les autres au petit bonheur d'une répression terroriste raciste. Ils sont actuellement plus de dix mille, certains depuis plus de 25 ans, dans des prisons sans aucun contrôle international, certaines secrètes, dans des conditions inhumaines, et non sans tortures. Car de même que le nazisme avait une police politique d'État, la Gestapo, Israël a le Shin Beit, un Service du renseignement intérieur qui mène des répressions hors tout droit, emprisonne pour son propre compte et torture (cachots minuscules infestés de rats, têtes couvertes de sacs puants, puis interrogatoires musclés parfois jusqu'à la mort).
          De même que les nazis déportèrent des populations entières, Israël a chassé de leurs terres (en 1948 et en 1967) 900 000 Palestiniens qui sont actuellement plus de quatre millions vivant dans les pays alentour et dans le territoire de Gaza, et dont le tiers vit actuellement comme réfugiés dans des camps, la plupart sans travail ni ressources.
         De même que les nazis avaient fait de l'Europe une prison à l'air libre, les Palestiniens qui ne sont pas déportés sont emprisonnés à l'air libre, avec interdiction temporaire ou permanente de sortir de leur “pays”, et l'armée d'Israël, Tsahal, contrôle toutes les frontières menant à la Palestine (y compris le territoire de Gaza, inaccessible actuellement à la Cisjordanie).
         Quant à la fameuse démocratie israélienne, donnée comme preuve qu'il ne s'agit pas d'un pays fasciste, elle n'est pas égale pour tous. Le nombre des députés d'origine arabe est automatiquement réduit. Dans les territoires du nord où dominent les Arabes israéliens, la proportion d'habitants pour un député est plus grande. Et surtout, elle demeure parce que la population israélienne d'origine juive (selon les critères religion = race) accepte fondamentalement tous les caractères réactionnaires décrits ci-dessus, sauf une petite minorité qui ne fait actuellement pas le poids. L'immigration choisie et facilitée, "l'Alya ", renforce cette majorité, arrivant nourrie de l'idéologie raciste susdite De plus, la démocratie ne peut se limiter à des élections : elle exige les libertés de la presse, d'association et de réunion qui, en Israêl, sont soumises aux censures les plus arbitraires ; elle exige une justice unique et indépendante, alors que celle d'Israël est à la botte de l'État et qu'une "justice militaire" la domine, l'armée étant au-dessus de l'État.
         Enfin, de même que des forces essentielles des États-Unis et d'Angleterre, ainsi que le Vatican, favorisèrent la montée du nazisme en Allemagne pour faire front à l'URSS, les Etats impérialistes d'Europe et les États-Unis soutiennent Israël au mépris de tous ses crimes, dans leur lutte contre tout ce qui s'oppose à leur domination, sous le stigmate du "terrorisme".

Que peut-on opposer à cela ?

         Seulement qu'il est vrai, d'une part, qu'un tel régime, fondamentalement colonial, ressemble, plus qu'à celui du nazisme, aux régimes coloniaux classiques, tel celui de l'établissement des États-Unis pratiquant le génocide des populations amérindiennes par les mêmes méthodes de refoulements, puis de massacres et finalement de rejets dans des "réserves" misérables, et telle la conquête de l'Algérie par la France selon les mêmes méthodes.
         Oui ! mais ce colonialisme portait en lui déjà des éléments de fascisme, de génocide et de racisme. Et une grande différence avec Israël, c'est… l'espace. La petite taille de la Palestine et la densité des populations en proximité durcit le colonialisme et le pousse vers les méthodes fascistes.
         Le plus important est donc seulement, d'autre part, le système démocratique, même avec son truquage, qui laisse encore un champ à une opposition susceptible de se développer.
         La différence des temps est aussi importante. Le rapport des forces sociales et politiques mondiales n'est pas celui des années trente du XXe siècle. La rapidité avec laquelle Israël vient de connaître une défaite de son expansionnisme peut avoir des conséquences comparables à celles que la défaite du IIIe Reich eut sur la population allemande, elle aussi longtemps gagnée dans sa masse à l'idéologie nazie. Dans de telles conditions, même une population comme celle d'Israël, au sein de laquelle le chômage et la précarité vont s'étendre, peut connaître des sursauts salvateurs. Déjà, Le Monde a marqué le coup, dans son numéro du 12 août, en donnant une page au sioniste Shlomo Ben Ami, ancien ministre des Affaires étrangères d'Israël qui oppose le mauvais Hezbollah à un Hamas avec lequel il serait possible de traiter. Et notre quotidien sioniste remet ça le 17 en accordant au journaliste de Jérusalem, Charles Enderlin, qui tout en répétant les mensonges ordinaires sur les origines du conflit, propose de revenir à "des négociations directes avec la Syrie et le gouvernement libanais pour une paix en bonne et due forme même au prix d'un retrait du plateau du Golan. Un accord avec le président Mahmoud Abbas sur la base du principe "les territoires contre la paix". Faute de quoi, l'islam radical ne pourra que progresser dans la région." Comme quoi tout espoir n'est pas perdu en Israël même, et qu'il n'est pas impossible que le gouvernement "nettement fasciste" puisse être battu à terme.
         Mais il est vrai aussi qu'une telle issue dépendra aussi de la véritable opinion internationale, telle qu'elle est représentée par le mouvement altermondialiste, dont le président Chavez a été le drapeau en ce mois.

20 août 2006

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Le Journal intempestif est heureux
de vous rappeler la parution de


LE TROTSKISME
UNE HISTOIRE SANS FARD

De son rédacteur
Michel Lequenne
Editions Syllepse - 24 Euros