28/29 avril 2007

Logiques et
illogismes politiques

   Qu'est-ce qu'ils ont donc nos merdias à regimber ou à se moquer de Ségolène offrant des fauteuils à Bayrou ? N'est-ce pas normal et logique ! Dans sa palette politique, elle choisit la couleur qui peut lui assurer le succès. Et quand c'est Sarkozy qui s'indigne, qu'est-ce qui l'empêche de mettre du sucre dans son programme si poivré ? Bien sûr la peur de perdre des voix lepennistes, tandis que Ségolène n'a pas peur de perdre les voix de Besancenot et les nôtres, étant donné que nous ne votons pas pour son programme, mais simplement pour ne pas avoir Sarkozy !

Par ailleurs, il a un drôle d'argument le Sarkozy : comparer l'élection présidentielle à une coupe de football ! Les éliminés ne comptent plus, ils n'existent même plus ! Qu'est-ce que vous voulez, c'est sa culture politique à cet homme : on se bat, jusqu'au KO de l'adversaire. Voyez comme il a gagné la direction de son parti, et liquidé le Villepin ! On peut espérer que Bayrou ait retenu la leçon !


Et notre rubrique : Ce qui nous attend si…
Un témoignage :

“ À tous les Français, je dis qu'ils ont tous, riches ou pauvres, forts ou faibles, droit au même respect, au même amour, à la même compréhension, et que ce respect, cet amour, cette compréhension ce sont les valeurs, les sentiments qui fondent mon idée de la France.”

 C'est ce que Nicolas Sarkozy disait hier soir à son meeting au Palais des Congrès de Dijon. Pendant que le premier candidat aux élections présidentielles proclamait son discours sur les valeurs humaines de fraternité, tolérance, et d'universalité, des gens se faisaient tabasser. Leur seule faute était de se trouver là au mauvais moment.

Avec quelques copains, je suis allée hier soir au Palais des Congrès, “pour voir”. Il y avait une trentaine de jeunes, comme nous, à être venu observer ce qui se passait, voir que nous étions effectivement en désaccord avec les propos de Monsieur Sarkozy. Après quelques minutes passées l'extérieur, nous nous sommes décidé mes amis et moi, à entrer, par curiosité. Nous ne criions pas, nous ne remuions pas les foules, on aurait pu nous prendre pour de vrais sarkozistes !!

Nous n'étions pas à l'intérieur depuis un quart d'heure, que déjà on apercevait un jeune homme se faisant traîner sur le sol par les quatre membres parce qu'il avait hué M. de Robien, ministre. Un de mes amis s'est précipité sur lui pour le soutenir, le relever. Il s'est finalement retrouvé par terre à côté de lui, entouré de 5 ou 6 costaux, chargés de la “sécurité”. Ils les violentaient, ils leur donnaient des coups de pieds, les traînaient au sol. Nous ne pouvions pas laisser faire ça !! En voulant s'interposer entre ces vigiles et nos amis, nous nous sommes retrouvés tirés vers l'extérieur, on nous tordait les poignets pour qu'on se laisse faire, on nous attrapait par le cou pour que l'on ne crie pas. Je n'ai vu qu'un seul homme avec un comportement humain parmi ces machines à allures d'hommes. Nous étions six, ils étaient une dizaine.

 Une fois à l'extérieur, nous avions retrouvé notre calme, pas un seul d'entre nous ne criait, pas un seul n'avait un comportement violent, pas un seul d'entre nous ne buvait ou ne fumait. Nous étions une trentaine. Nous avons alors vu arriver dix CRS, en plus des huit camions qu'il y avait de chaque côté de la rue. Nous avons décidé de tous nous asseoir par terre, signe pacifiste et non violent par excellence ! Les CRS se sont mis en ligne devant nous, nous poussant, nous tirant par les bras, nous donnant des coups de matraque et nous encerclant. À ce moment-là, nous étions 22. Ils étaient 27. Ils refusaient de parler, disaient que c'est interdit d'être là (c'est pourtant bien un lieu public, je me suis renseignée), qu'on n'avait pas le droit de nous asseoir à cet endroit. “La Bourgogne, c'est un vieux pays où l'on ne se bat que lorsque c'est nécessaire, que lorsque l'essentiel est en jeu.” continuait Monsieur Sarkozy. Je ne dois pas avoir la même notion de “l'essentiel” que ces hommes en armes, battant des hommes et des femmes faisant la moitié de leur poids, tous pacifistes, dont la seule faute était d'être là, de ne pas partager les idées de Monsieur Sarkozy.

 “ L'ouverture dont je veux être le candidat c'est l'ouverture d'esprit. L'ouverture d'esprit c'est être capable de prendre en considération les raisons de l'autre, c'est être capable de penser que l'autre pourrait avoir raison, c'est être capable d'échanger avec l'autre et de le respecter même quand on pense qu'il a tort.”

 Nous n'avons pas eu le temps de nous exprimer, que déjà, nous étions encerclés. Nous ne pouvions même pas être là en signe de désaccord, que déjà on nous cachait. La liberté d'expression serait-elle bafouée ? !

 “ Pourquoi tant de haine ? Parce que je veux que la police fasse son métier ? Qu'elle arrête les délinquants et les fraudeurs ? Qu'elle poursuive les voyous ? Parce que je dis que la victime vaut plus à mes yeux que le délinquant ?”

 Nous ne sommes ni des délinquants ni des fraudeurs, ni des casseurs, mais nous sommes bien, nous, les victimes de ce système qui nous attend, de cette société policière à quoi il nous prépare.

 “ Je veux leur dire que si j'ai voulu mettre la morale au cœur du débat politique, je veux aussi la mettre dans le comportement politique.”

 Si elles ressemblent à ce que j'ai vécu, la morale, la démocratie que M. Sarkozy nous propose, je vous avouerai que j'ai très peur.

Perrine, Dijon, le 24 avril 2007


Supplément culturel intempestif de week-end 

   Si la culture de M. Sarkozy se limite au football/boxe, nous savons que M. Chirac, tout en préférant le Sumo japonais fait au moins semblant, lui, d'être sensible aux arts. Et dans sa colonisation de toutes les hautes fonctions publiques, avant départ, il a donné au Centre Pompideuses, un dirigeant nouveau, M. Alain Seban, énarque, polytechnicien qui ne connaît rien à l'art et ne s'en cache pas, mais à tout de même de petites idées, et naturellement celle de la haute valeur du post-modernisme qui ne réussit pas plus à mystifier le grand public populaire que le plus cultivé. Quand Michel Guerrin et Emmanuel de Roux, dans Le Monde du 22/23 - 4, lui demandent "Comment attirer un public large avec l'art contemporain, souvent jugé difficile et élitiste (sic) ?" il répond "Contrairement aux idées reçues (sic), l'art contemporain est plus en phase avec le public que l'art ancien. Il parle à tous. Il est plus facile d'adhérer à une vidéo de Dominique Gonzaélez-Forerster qu'à un tableau de la Renaissance. À condition de prendre par la main le public (sic). On ne le fait pas assez, notamment avec les 13-18 ans, un âge crucial pour la formation intellectuelle." (Effectivement, bon âge pour bourrer le mou aux jeunes cerveaux que l'on peut "prendre en mains" sans défense). Et plus loin, il ose dire, constatant le "consensus large" sur l'art contemporien entre la droite et la gauche molle : "Je regrette même que les débats et polémiques ne soient pas plus nombreux." Naturellement, dans le cabinet de Chirac, il n'a pas entendu parler d'Artension, ni d'éCRITique , ni de la Création franche, ni des courageuses petites galeries qui défendent l'art vivant ! Quant aux jeunes en liberté non surveillée, ils taguent ! Et cela vaut souvent beaucoup mieux que ce qui se vend des millions sur les places de New-York et autres lieux à des millionnaires incultes.


Nouvelles du monde

Europe - Les jumeaux sous-développés du nom de Kaczynski qui se partagent le pouvoir suprême en Pologne ont organisé leur petit maccarthysme national fleurant bon la Sainte Inquisition : tous les hauts fonctionnaires doivent signer une déclaration certifiant qu'ils n'ont pas collaboré avec la police politique sous le "communisme" (nom "politiquement correct" du stalinisme). On ne pouvait attendre moins d'un pouvoir catholique intégriste sous le règne d'un pape, intégriste lui-même, et ex-membre des jeunesses hitlériennes. Refuser cette signature signifie perdre son poste ! Bronislaw Geremek, député européen, a refusé de signer. La sanction est tombée : il est démis de son mandat ! C'est-à-dire que pour ce curieux gouvernement, il n'est pas l'élu du peuple polonais mais un fonctionnaire du gouvernement. Curieuse conception du Parlement européen, et donc de l'Europe ! Plus curieux encore : cette conception du Parlement ne semble pas avoir été évoquée dans le débat qui y a eu lieu. L'affaire dépasse pourtant, et de loin, l'État polonais, et prépare le futur débat sur la Constitution en panne. Quelle drôle d'Europe qui peut nous obliger à importer des saloperies ou nous sanctionner pour des dépassements de déficit, mais se contrefout des droits de l'homme, et encore plus de ceux des femmes qui peuvent, dans tel ou tel des pays, n'être pas maîtresses de leur propre corps. Une telle mesure "totalitaire" dans un des pays de l'Europe laisse à penser quelles menaces pèsent sur nous avec de possibles régimes intégristes religieux ou fascistes. C'est en particulier une raison de plus pour qu'une Constitution européenne exclue toute mention de religion, celles-ci devant être partout renvoyée à la sphère privée.



Le Journal intempestif est heureux
de vous rappeler la parution de


LE TROTSKISME
UNE HISTOIRE SANS FARD

De son rédacteur
Michel Lequenne
Editions Syllepse - 24 Euros