12 mai 2007

Second niveau d'analyse
de l'échec

 
Pour comprendre en son fond les causes de l'échec de la "gauche", il faut aller bien plus profond que l'observation  des consciences perverties par un système de médias idéologiquement monopolisé, si puissant qu'il interdit pratiquement jusqu'ici toute opposition à sa taille. Il faut comprendre ce qu'est la période historique que nous vivons, et pourquoi les forces politiques qui s'y affrontent y sont adaptées ou non.

Cette période est celle de la victoire historique du Capital contre le prolétariat, qui a été permise par la contre-révolution stalinienne, pervertissant puis dissolvant la conscience de classe, conduisant ses défaites ("Le Komintern, grand organisateur des défaites" : Léon Trotsky), désorganisant et atomisant le monde du travail, et permettant ainsi la survie d'un réformisme de plus en plus soumis à la classe dominante. Plusieurs générations ayant vécu un tel monde de consciences perverties (la "guerre froide" ayant ressemblé d'une certaine manière à ce qu'avaient été les siècles de guerres de religions, mystifiant les luttes contre les systèmes féodaux et féodo-aristocratiques), l'effondrement du système stalinien lui-même n'en a pas fait disparaître tous les effets idéologiques.

Mais la victoire absolue du Capital l'abandonne à ses contradictions internes. D'où la violence et la férocité de ses luttes mondiales, à la fois contre ce qui lui résiste encore (régimes arriérés et révolutions nationales), contre les tentatives de réorganisation du monde du travail, et… luttes internes entre blocs et géants du Grand capital, tous unis contre le petit.

Le principal danger pour le Capital reste la renaissance de la conscience de classe du monde du travail manuel/intellectuel ( le prolétariat actuel). Mais dans ce qui était les citadelles des deux grandes classes opposées, le Capital a réussi à assurer la domination ploutocratique des systèmes politiques d'apparence "démocratique". Tout échec de tels systèmes mettrait le Capital dans la situation où il se trouva dans l'Allemagne des années trente : avoir recours à une dictature de type fasciste. Tel est donc l'enjeu de la lutte entre renaissance d'une nouvelle conscience de classe organisée et structurations politiques du Capital.

Dans la France actuelle, nous avons en face de nous une triple structuration à défaire : celle d'un système bonapartiste imposé par un coup d'État, celle d'un système européen non-démocratique directement dirigé par le bloc des forces capitalistes de cette Europe, et surdéterminé par le sur-impérialisme des USA, s'exerçant à la fois par les mécanismes financiers mondiaux et par l'OTAN.

Actuellement, la conscience mondiale se reconstruit dans le mouvement altermondialiste. Mais il s'agit d'une nébuleuse que le Capital a donc la capacité d'attaquer par morceaux., pas de la direction révolutionnaire sans laquelle, comme l'a montré Trotsky, aucune victoire n'est possible. C'est cette direction à cent têtes qu'il s'agit de donner à l'altermondialisme.

En avons-nous les éléments dans les forces politiques existantes. ? La réponse est malheureusement : non ! Et  la démonstration vient d'en être faite à notre échelle française avec ces élections. Nous les examinerons une à une la semaine prochaine, afin de voir comment sortir de l'impasse où elles nous ont conduites.


Dernières nouvelles du monde à l'envers

Afghanistan : Les "guerres propres", c'est-à-dire celles qui ont un minimum de morts pour ceux qui attaquent, sont très sales pour ceux qui sont attaqués, car conduites par des moyens "marteaux-pilons" (en particulier volants) contre des ennemis "mouches", elles font quantité de bavures de civils. C'est ce qui arrive en Afghanistan et accroît l'opposition populaire au gouvernement fantoche d'Hamid Karzaï, au point que celui-ci est obligé de "condamner l'OTAN pour les civils tués". Mais comment pourrait-il être crédible alors que lui et ses amis sont corrompus jusqu'à la moelle et se construisent des palais, protégés par cette même OTAN, tandis que, même à Kaboul, la population vit dans une terrible misère ?

L'étonnement occidental de voir de telles populations préférer même des talibans (plus la culture de pavots) à cette sorte de "démocratie" s'effacerait sans doute en prenant conscience que « l’aide internationale » est détournée là par des poignées de corrompus, comme c'est aussi le cas en Irak, où, depuis trois ans, il n'y a toujours pas d'électricité et d'eau pour tout le monde, même à Bagdad !

 

Algérie : Comme on le sait Al-Qaida à bon dos ! À tout usage ! Celui qui en a été fait en Algérie bat toutefois les records de cynisme. Même le Premier ministre algérien, Abdelaziz Belkhadem, condamnant les attentats (peut-être pas aussi "suicides" qu'ils semblaient être) commis à Alger par un groupe qui signe "Organisation d'Al-Qaida au pays du Maghreb islamique", ne semble pas très assuré de la validité de ce nom et a dit au Monde du 4 mai : "Peut importe qui est derrière. Ce n'est pas le problème".

Mais si, pourtant, c'est le problème ! Comme François Gèze et Salima Mellah l'avaient démontré à Politis dès le 3 mai, à savoir qu'une piste plus sérieuse aboutit au clan du général Mohammed "Tewfik" Médiène, le chef des services secrets de l'armée, le fameux DRS (Département de renseignement et de sécurité) et adversaire farouche du gouvernement actuel. Et là encore, le pétrole est au fond dudit problème, le Tewfik, lié aux USA qui visent à s'emparer du pétrole algérien, à l'encontre de ceux qui en défendent la nationalisation (encouragés, dit-on, par Chavez).

Pour en savoir plus voir www.algeria-watch.org

 

Israël : Enfin, dépassant la condamnation d'Olmort comme simple mauvais chef de guerre,  la voix de Meïr Shalev s'est levée (Le Monde du 6/7 mai), concluant : "ce n'est pas seulement la guerre que vous êtes incapable de faire, mais aussi la paix. […] la guerre que vous nous avez servie n'était pas le premier signe, mais grâce à elle nous comprenons mieux ce qui arrive après quarante ans d'occupation et d'implantation. Quarante ans sans politique de santé, d'éducation, de protection sociale, de sécurité des personnes, de croissance, de préparation militaire appropriée — voilà le résultat. Ce que nous exigeons, c'est une vision pour Israël à long terme. Mais pas la vôtre."  C'est encore un peu myope, mais enfin, quel pas en avant ce serait si l'écho était suffisant !



Le Journal intempestif est heureux
de vous rappeler la parution de


LE TROTSKISME
UNE HISTOIRE SANS FARD

De son rédacteur
Michel Lequenne
Editions Syllepse - 24 Euros