1er juin 2007

Fin de l'analyse
des causes de l'échec
du 6 mai

 

Mouvement unitaire antilibéral

S'il y a une formule à la mode qui s'applique bien à notre échec de ces élections, à nous, les petits et sans grade du mouvement unitaire, c'est celle de "responsables, mais non coupables". En effet, notre incapacité à surmonter les opérations anti-unitaires n'a pas été due à l'incompréhension de celles-ci ni à la passivité devant elles, mais à notre type d'organisation qui ne nous a pas permis d'y faire face et d'y parer.

Comme pour la campagne du référendum, l'appel est parti du sommet, mais cette fois pas d'un appel de 200 personnes, mais d'organisations groupusculaires et du PCF, plus de "personnalités". D'emblée, la LCR ne s'y joignit qu'à titre d'observateur. Ce Comité d'initiative unitaire national (CIUN), bien que se proposant d'agir selon la règle du "consensus", et nous demandant d'agir de même, allait à la fois se comporter comme une direction et se montrer incapable de ce consensus, censé participer de la nouvelle manière de faire de la politique. Si l'on a cru fortement à la base au réalisme d'une telle pratique (certains y croient même encore), il est douteux que l'on y ait vraiment cru au "sommet". En effet, il ne peut y avoir consensus qu'à partir une base commune d'accord générale, à partir de laquelle le "consensus" sert à régler les détails de divergences secondaires. Or, la seule base commune était la nécessité de candidatures unitaires, condition de succès électoraux. Le pluriel voilait plus qu'un peu le fait que l'élection présidentielle précédant désormais les législatives (renversement dû à Lionel Jospin), de ce fait, elle les commanderait, comme cela s'était manifesté en 2002. Il aurait donc fallu nettement régler en premier lieu cette candidature unitaire. Si le CIUN s'y refusa, repoussant le plus loin possible dans le temps ce choix — alors que toutes les formations politiques avaient déjà choisi chacune le leur et commencé leur campagne —, il est évident que c'est parce qu'aucun de ses candidats à la candidature n'était prêt à accepter un consensus sur aucun des autres. D'emblée, il était évident que le candidat à la Présidentielle ne pouvait être ni connu comme représentant d'un parti (ce qui écartait d'emblée Marie-George Buffet, comme Besancenot qui s'était d'ailleurs mis de lui-même hors-jeu), ni un parfait inconnu, ni quelqu'un dépourvu de tout poids politique. Un seul s'imposait par son indépendance à l'égard de toute organisation, par son passé et son action, bref représentant assez bien la disparité des collectifs et comités nés dans la campagne du Non : José Bové. Son retrait devant l'opération du PCF et la passivité du CIUN à l'égard de celle-ci allait enlever tout sens au renvoi du consensus au vote indicatif des collectifs et comités.

Pourquoi, alors que cette opération du PCF de désignation de Marie-George Buffet était soigneusement et méthodiquement organisée aux yeux de tous, le CIUN ne fit-il rien pour l'empêcher ? Il en avait tous les moyens. Entre autres le plus simple qui était d'accepter l'exigence de la LCR de lever toute ambiguïté quant à l'éventualité d'une alliance et/ou d'une participation gouvernementale quelconque de notre mouvement antilibéral avec le PS, organisation du social-libéralisme, ce qui, à la fois, aurait privé cette LCR de son prétexte à se tenir hors du mouvement unitaire et aurait, inversement, obligé le PCF à se démasquer. Cette passivité révélait l'absence de conception commune de l'anti-libéralisme dans le CIUN. Elle signa sa faillite, et celle de la pratique de tels "consensus" sans base, tandis que l'assemblée des collectifs et comités réussissait à faire obstacle à l'opération hold-up du PCF. Mais cela dans l'éclatement du mouvement pour des candidatures unitaires, puisqu'il n'y avait pas de candidat à la Présidentielle, MGB n'étant que l'élue de ses propres troupes, et le CIUN incapable de se déterminer par le consensus pour un nom en son sein.

Dans la situation de chaos qui s'ensuivit, la réaction saine, surgie des collectifs, d'en appeler à José Bové, vit les débris du CIUN se maintenir pour s'y opposer comme une pseudo-direction de "naufrageurs", et ainsi diviser le mouvement désorienté. C'est ainsi qu'une campagne commencée trop tard, sans grands moyens et dans l'improvisation, sans soutien politique net à José Bové face aux trois autres candidats de partis anti-libéraux, enfin dans un climat de peur d'un nouveau 2002 incitant au "vote utile", produisit notre échec et… une variante de 2002 !


 

Tirer les leçons de notre échec
pour le dépasser et nous réorganiser

Au travers de ce chaos, notre mouvement a tout de même montré sa vitalité. Loin de se démoraliser, on a même vu ses forces croître. Notre rassemblement commence. Les élections législatives montrent encore beaucoup de désordre et de confusion. Ce n'est donc qu'après elles (qui probablement ne vont que confirmer la Présidentielle) que la remise en ordre va se mener, et dans une situation plus difficile encore que naguère. Nous ne repartirons pourtant pas les mains vides. Notre travail programmatique de deux ans nous laisse du matériel de départ à parfaire, clarifier et simplifier en même temps. Notre expérience des luttes nous a préparés à l'action en commun et a soudé l'unité de la plupart de nos collectifs et comités. Tout cela constitue une force.

 Mais le problème est celui de son organisation. Nous irions à de nouveaux échecs, voire de pires défaites, si nous ne tirions pas les leçons de nos propres fautes d'organisation et de fonctionnement. Non seulement nous ne pourrons plus accepter de tutelle, que ce soit de partis, de groupes ou de personnalités, mais non plus de direction agissant en interprétant sans contrôle, sur la base d'un mandat trop général. La nécessaire coordination centrale de nos efforts de base ne peut être qu'un exécutif à mandat limité et étroitement contrôlé, dont les membres seront obligatoirement renouvelables, selon des modalités à établir.

L'accusation déjà faite par les "partis" d'une volonté de notre part d'en construire un nouveau est sans fondement. Notre mouvement doit rester et restera ce qu'il a été comme pratique de politique "autre", et d'abord parce qu'il restera "ouvert", mais ce qui ne signifie pas sans engagement manifesté par cotisation et activité, et acceptant les doubles appartenances, mais d'individus libres et non représentants d'organisations quelles qu'elles soient, liés à leur discipline extérieure. Ainsi la collaboration — qu'il faut espérer avec les partis antilibéraux pourra se faire en "front", où nous ne serons plus une nébuleuse d'électrons libres, mais une "force" autonome, prenant collectivement et en une vraie démocratie ses décisions d'action.


Début sarkoziens (suite)

 

Il est des domaines où Naboléon Sarkozy n'a pas besoin de la ruse "pré-législatives", ce sont ceux où il trouve désarmée (s) son (ses) opposition (s) social-libérales, à savoir ceux de la politique étrangère, surtout en ce qui concerne l'Europe et le Proche-Orient. Nous avons vu comment, au Liban, le pantin Kouchner a joué un rôle auquel Ségolène n'a rien à dire. Et que peut dire un PS qui a appelé à voter Oui au référendum de 2005, à un modèle réduit de semi-constitution qui sera voté au Parlement ? Que c'est une trahison du peuple français ? Coincé, il est le PS ! Si en plus, il trouve un terrain d'entente avec son copain Uribe, Président des paramilitaires tueurs colombiens, pour un échange (demandé par les FARC depuis des années) afin de faire libérer Ingrid Béthencourt, il aura réussi la période de grâce qui va lui permettre de nous mijoter quelques jolis coups sous les plages de l'été.

Il aura raison d'en profiter car il est douteux qu'elle dure longtemps, ladite période de grâce.


Petit tour du monde (à l'envers et à l'endroit)

Tous les régimes d'oppression du monde sont tranquilles, en cette veille d'été, du côté de leurs oppositions de gauche : elles sont impuissantes et bien tenues en respect… pour l'instant. Mais il n'en va pas de même entre eux.

 Prenons d'abord la guerre mondiale "contre le terrorisme". La stratégie bushienne était pourtant géniale. Il avait un ennemi universel aussi mobile et à transformations que feu Fantômas : Al-Qaida ! Cela permettait de le combattre n'importe où, et surtout là où il n'était pas, selon les besoins. Il commença par-là où il était sûr… de ne pas le trouver ! En Irak ! C'était du gâteau : des armes de destructions massives fantômes et hop ! Une bonne guerre éclair sans morts, c'était réglé, et tout son pétrole à sa disposition pour faire face… à ses amis et alliés, grands pétroliers, ainsi qu'au Venezuela ! Las ! Trois ans après, il y est encore, embourbé, avec près de plus de morts de civils irakiens que Saddam Hussein n'en avait tués pendant la durée de son règne, et surtout 4 000 de ses précieux morts US (complètement inacceptables pour une guerre "propre"), une guerre civile sans issue, et Al-Qaida qui y est enfin venu tirer les ficelles sans risques.

Toujours plus Picrochole que le héros de notre Rabelais, le Bush était prêt à faire coup double avec une nouvelle guerre aussi parfaite contre l'Iran. Mais là, ses loyaux adversaires et ses amis ont réussi à l'en dissuader. Du coup, c'est ce même Al-Qaida qu'il laisse tomber pou tenter de s'en sortir avec des ennemis plus faibles : la Syrie, le Hezbollah, le Hamas ! Là, même Poutine (qui ne sort pas non plus de son bourbier de Tchetchénie) ne lui font vraiment obstacle.

Pauvre Palestine ! Conscience tranquille de l'Europe, puisqu'elle avait accepté de mettre le Hamas sur la liste bushienne des organisations terroristes ! Beau coup double ! En privant la Palestine de l'oxygène à la fois de toute aide et même de ce qui lui est dû, elle a provoqué la guerre civile entre Palestiniens, chaos qui laisse toute liberté à Israël de poursuivre sa politique génocidaire !

Pauvres Palestiniens ! Mêmes ceux qui sont réfugiés au Liban sont désormais victimes d'une très réelle action d'Al-Qaida ! Cela suffira-t-il à tous les musulmans du monde pour comprendre le jeu de cette organisation saoudienne ?

À côté de tout cela, c'est peu de chose que la chicane entre Bush et Poutine, et l'amusante initiative du tsar d'opposer ses missiles aux "anti" des USA. Un peu de guerre froide n'est pas pour nous faire peine, surtout si cela aboutit à ce que Bush enlève ses bibelots de notre sol européen. À condition, bien sûr, que cela ne se fasse pas au prix de l'abandon du Kosovo à la Serbie. 

Ce n'est donc aujourd'hui que du Sud-Ouest que fuse un peu de lumière d'un monde à l'endroit : le Venezuela, toujours. Quelle rage de nos merdias — éructée quasi tous les soirs —, à voir là-bas la réaction perdre son arme essentielle ! Car n'est-ce pas la télévision qui est désormais le plus efficace instrument de l'intoxication idéologique ? Grand exemple que donne Chavez à tous les gouvernements véritablement de gauche : enlever la télévision aux valets du Capital ! C'est devenu un objectif révolutionnaire essentiel !

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Avec ce numéro de notre Journal s'interrompt sa parution pour trois mois (pour cause de vacances, voyages et travaux divers du rédacteur). Nous réapparaîtrons donc seulement en septembre.



Le Journal intempestif est heureux
de vous rappeler la parution de


LE TROTSKISME
UNE HISTOIRE SANS FARD

De son rédacteur
Michel Lequenne
Editions Syllepse - 24 Euros